Pour la survie de l'éducation physique

Enseignant entraîneur ou pédagogue?

Troisième d'une série de quatre articles

Régulièrement, des parents s’adressent à l’éducateur physique de leur enfant en des mots comme ceux-ci:

- Comment se comporte mon petit Alexandre dans ses cours de gymnastique?

À vrai dire, il n’y a rien d’étonnant à cela. Peut-être avez-vous déjà prononcé une phrase du même genre par le passé, sans trop réfléchir. On pourrait d’ailleurs affirmer qu’il s’agit là d’un phénomène normal découlant d’une vieille perception que les gens se font de l’enseignement de l’éducation physique.

Par le passé, en effet, le contenu des cours était intimement lié aux techniques de base des différentes activités sportives telles la gymnastique, le basketball, le badminton, etc. Lorsqu’un élève pénétrait à l’intérieur d’un gymnase, il pouvait s’attendre à être mis en contact avec une nouvelle technique comme par exemple le lancer à l’arrêt en basketball.

Depuis, après maintes refontes des programmes d’études, l’approche privilégiée a connu ce qu’on pourrait appeler un virage à 180 degrés. La gymnastique, le basketball et le badminton sont toujours là, avec leur lot d’adeptes toujours aussi inconditionnels. Cependant, on puise maintenant à l’intérieur de ces disciplines sportives des outils pédagogiques qui permettront à l’élève d’atteindre un certain nombre d’objectifs donnés.

C’est ainsi que le fameux lancer à l’arrêt en basketball peut maintenant être intégré à un scénario d’apprentissage (progression pédagogique) permettant de "lancer un objet sur une cible fixe". Jusqu’ici, certains n’y verront que du feu et pourront se dire qu’on enseigne toujours une technique du basketball après tout. Par contre, si au cours de la même progression l’élève est aussi mis en contact avec le lancer en moulinet (balle molle), le lancer de type baseball ou celui d’un frisbee, on saisit cette fois plus aisément la distinction à faire. Les puristes diront qu’il est dommage d’écarter ainsi des sports de tradition qui continuent d’attirer les foules dans tous les stades du monde. Pourtant, il n’a jamais été question de les écarter mais simplement de les utiliser à des fins pédagogiques.

En cette fin de siècle, le mandat de l’éducateur physique s’est métamorphosé. Comme les jeunes sont de plus en plus sédentaires et continuellement attirés entre autres vers les nouvelles technologies, l’enseignement dans un cadre scolaire des disciplines sportives à l’état pur serait suicidaire. Mieux vaut donc contourner les techniques élaborées en optant plutôt pour la découverte de nouvelles habiletés.

Imaginons par exemple un groupe de 30 élèves âgés de 12 ans prenant part à une série de six cours en basketball. Parmi eux, une poignée de jeunes, peut-être quatre ou cinq tout au plus, possèdent vraiment les qualités nécessaires pour performer dans un match. Plusieurs autres, comptant pour une large part du groupe, se débrouillent raisonnablement bien même si l’utilisation du dribble dans leur cas, pour faire progresser le ballon en zone adverse, serait ardue et passablement risquée. Un troisième groupe d’élèves qu’on pourrait qualifier de... très moyens (!) préfère observer la scène de loin et ne revendique à toute fin utile jamais la balle.

Partant de cette description d’un groupe-type de sixième année, on peut déjà prévoir les résultats suivants. Après deux cours, quelques élèves, des filles en particulier, "oublieront" leur costume d’éducation physique à la maison. Après six, les quatre ou cinq élèves de pointe en auront mis plein la vue à leurs camarades tandis que près de 50 p.cent des élèves détesteront à tout jamais le basketball!

- Qu’en est-il alors de tous ces merveilleux sports que j’ai moi-même pratiqués du temps de ma tendre jeunesse?

Ils sont toujours là! La plupart du temps, c’est dans le cadre d’activités parascolaires qu’ils sont pratiqués, voire enseignés. Cependant, comme ils ne sont plus imposés aux élèves, on arrive ainsi à satisfaire l’ensemble de la clientèle scolaire en respectant leurs goûts et aptitudes.

C’est pourquoi en fin de journée, après les classes, on constate souvent qu’un enseignant est toujours là, à son poste, prêt à accueillir un nouveau groupe d’élèves. Même si l’école est pratiquement vide, l’éducateur physique est encore au gymnase, le sourire aux lèvres, la plupart du temps bénévolement, disposé à accueillir ses inconditionnels de l’activité physique.

Parce qu’il est d’abord un pédagogue, il façonne ses cours à partir d’intentions éducatives. Parce qu’il est sensible aux besoins de chacun, il n’hésite pas à donner de son temps après les classes. Parce qu’il est convaincu des bienfaits permanents qu’il procure à ses élèves, il revendique plus de temps d’enseignement dans la grille horaire.


Yves Potvin
Éducateur physique
http://www.bandesportive.com

La semaine prochaine: De nouvelles habiletés pour l'estime de soi