Pour la survie de l'éducation physique

Un choix de société

Deuxième d'une série de quatre articles

Kino-Québec, la Fédération des éducatrices et éducateurs physiques enseignants du Québec (FÉÉPEQ) et la Fédération québécoise du sport étudiant rendaient publics en septembre 1998 les résultats de diverses études traitant de la place qu’occupe l’éducation physique à l’école et de la santé physique de nos jeunes. Intitulé "Les jeunes et l’activité physique: Situation préoccupante ou alarmante?", le document en question nous lançait en plein visage un bien sombre portrait de la situation qui prévaut actuellement au Québec sur le plan des habitudes de vie des jeunes.

On y apprend entre autres que seulement 25 p.cent des commissions scolaires se conforment à la recommandation actuelle du ministère de l’Éducation à l’effet d’accorder à l’éducation physique un temps d’enseignement de l’ordre de 120 minutes par semaine. On précise d’ailleurs que dans les commissions scolaires qui ne se plient pas à cette recommandation, le temps alloué chaque semaine à cette matière est en moyenne de 81 minutes au primaire et de 61 minutes au secondaire.

Quant à la condition physique des jeunes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il est en effet prouvé statistiquement que seulement 57 p.cent des jeunes de 12 et 13 ans pratiquent une ou des activités physiques au moins trois fois par semaine et que ce taux diminue jusqu’à 20 p.cent chez les adultes âgés entre 25 et 44 ans. On constate d’ailleurs un problème encore plus marqué chez les filles.

Parallèlement, la proportion de jeunes âgés entre 15 et 19 ans qui ont un excès de poids est passée de 11 à 18 p.cent, une augmentation de 64 p.cent! Devant de tels chiffres, personne ne sera donc étonné d’apprendre que 40 p.cent des enfants de 7 ans sont obèses, et que 70 p.cent des adolescents aux prises avec ce problème le resteront toute leur vie, ce qui occasionnera d’autres problèmes de santé (hypertension, hypercholestérolémie, problèmes respiratoires, orthopédiques, psychologiques et sociaux).

Pour nous convaincre encore davantage, le document fait état de pratiques néfastes pour la santé des jeunes qui ne cessent de progresser en dépit de toute la publicité mise de l’avant par les différents pédagogues, gouvernements et professionnels de la santé. En seulement trois ans, le taux de fumeurs réguliers est passé de 12 à 16 p.cent chez les jeunes âgés de 12 à 15 ans, celui des buveurs réguliers d’alcool de 4 à 12 p.cent, de jeunes qui ne déjeunent pas de 11 à 18 p.cent.

À la lecture de tels chiffres, on ne peut rester muet encore longtemps. Il nous faut nécessairement prendre position...

Depuis quelques années, nous assistons au virage ambulatoire dans les services de santé québécois. Les hôpitaux et cliniques ont été amputés de sommes astronomiques, ce qui a inévitablement engendré une baisse de services aux résidents du Québec. Au cours de la même période, pour répondre à ce qui est devenu la préoccupation majeure des Québécois, de nombreux intervenants se sont affairés à remodeler le programme d’éducation physique en y intégrant cette fois le volet "santé".

Bien qu’on ne puisse nier le bien-fondé d’une telle démarche, particulièrement à la lecture des statistiques énoncées précédemment, on doit malheureusement constater que le message ne passe pas complètement, que l’augmentation du temps accordé à l’éducation physique, tout à fait légitime et attendue des intervenants, est loin d’être acquise. Bien au contraire, l’arrivée dans les écoles des conseils d’établissement a eu déjà pour effet, dans certains milieux, de favoriser des individus, voire des matières particulières, au détriment de l’éducation physique.

On pourrait rétorquer que tous ceux qui ont su faire valoir la qualité de leur travail jusqu’à maintenant ont bel et bien mérité de passer à l’avant-scène. À ce sujet, force est d’admettre que tous n’ont pas nécessairement le verbe assez facile pour se mettre en valeur, y compris certains éducateurs physiques.

Mais dans les faits, chaque fois qu’une école ou une commission scolaire décide de gruger quelques minutes d’éducation physique ici et là, elle prive les jeunes d’un droit à l’épanouissement qui va bien au delà de la simple acquisition de connaissances. Pire, elle plante dans son propre jardin des arbustes en manque de vitalité. Si l’école, par l’intermédiaire de l’éducation physique, n’arrive pas à transmettre à ses jeunes un certain nombre de valeurs et de saines habitudes de vie, alors qui le fera?

Non, ce ne sera pas uniquement un choix de matières que nos dirigeants seront bientôt appelés à faire. Parlons donc plutôt d’un choix de société...


Yves Potvin
Éducateur physique
http://www.bandesportive.com

La semaine prochaine: Enseignant entraîneur ou pédagogue?