Pour la survie de l'éducation physique

Bien plus qu’un simple jeu... L’école de la vie!

Premier d'une série de quatre articles

La scène est facile à imaginer. Dans le gymnase d’une petite école de quartier, on entend des jeunes s’activer, rire, s’amuser, parfois même crier! Tous dépensent l’énergie qu’ils ont emmagasinée sur les bancs d’école pendant de longues heures sans broncher. On y transpire, on y apprend différents jeux, et on se met en forme!

Voilà pour la perception que se fait de l’éducation physique la société en général. Pourtant, dans la pratique, l’apport de cette matière scolaire est tout autre, pour ne pas dire beaucoup plus étendu.

En fait, depuis des lunes, le mandat de l’éducateur physique enseignant a bien changé. Si tous lui accordaient à prime abord le statut d’amuseur public, sans aucune contestation, on ne peut maintenant que constater tout le professionnalisme qui guide son acte pédagogique. En conservant ces mêmes activités stimulantes pour en faire des outils, en fondant ses cours à partir d’intentions éducatives précises (objectifs), et en planifiant ses prochaines interventions à partir des apprentissages de ses élèves, l’éducateur physique crée de toute pièce un environnement favorable au plein épanouissement des jeunes dans leur intégralité.

Grâce à des programmes d’études avant-gardistes, le jeune est appelé à explorer les différentes facettes de sa personnalité. Parfois il apprend à mieux connaître son corps, ses possibilités, ses limites, et développe des habiletés nouvelles. Si ses actions peuvent être limitées par ses aptitudes naturelles, il doit aussi apprendre à s’adapter à un environnement physique parsemé d’obstacles. En d’autres termes, il doit constamment faire face à de nouveaux problèmes que seuls des cheminements cognitif et moteur permettent de résoudre.

Parfois aussi il doit apprendre à cohabiter avec ses pairs, à travailler de concert avec un groupe d’amis vers un but précis, ou à réagir aux actions d’un ou plusieurs opposants qui compliquent son travail. Il apprend ainsi à s’ouvrir aux autres, à établir des stratégies et à poser des gestes dans l’intérêt d’une collectivité.

Parfois, enfin, il exprime des sentiments par son corps, par des mouvements tantôt gracieux, tantôt énergiques. Il découvre son unicité, en dévoile une partie à ses camarades et développe cette ouverture d’esprit nécessaire à la compréhension des phrases gestuelles des autres.

Dans une telle perspective, on ne peut évidemment plus parler de l’éducation physique comme d’un simple jeu mais bien d’une école de la vie. Celle-ci représente d’ailleurs la seule matière permettant à l’enseignant d’intervenir favorablement sur toutes les composantes de l’élève.

Pourtant, malgré de tels apports sur le développement de votre enfant, la survie même de l’éducation physique est fortement compromise. Alors que le ministère de l’Éducation a jusqu'ici recommandé un total de 120 minutes d’éducation physique par semaine dans la grille horaire, plusieurs commissions scolaires et conseils d’établissement choisissent de prioriser l’enseignement de matières à la mode, qu’ils jugent prioritaires, sans en considérer les conséquences à long terme. C’est ainsi qu’on assiste par exemple, dans certains milieux, à l’augmentation des minutes allouées à l’enseignement de l’anglais langue seconde, de l’informatique ou des arts, au détriment de l’éducation physique.

D’ailleurs, le pire reste à venir. Il semble en effet que le ministère de l’Éducation, dans ses refontes actuelles de programmes, envisage de réviser substantiellement à la baisse ses recommandations quant au temps d’enseignement de l’éducation physique au primaire et au secondaire.

Si votre enfant n’a pas droit chaque semaine à tous les bienfaits que procure l’éducation par le corps ET l’esprit, si vous considérez qu’il ne reçoit pas l’enseignement nécessaire à son plein épanouissement, c’est que quelqu’un, quelque part, n’a pas encore compris que les choix qu’il fait hypothèquent sérieusement l’avenir de nos adultes de demain.

Si tel est le cas dans votre quartier, n’hésitez pas à faire valoir votre opinion en faveur d’une augmentation du temps d’enseignement de l’éducation physique. En d’autres mots, c’est maintenant à vous... de jouer!


Yves Potvin
Éducateur physique
http://www.bandesportive.com

La semaine prochaine: Un choix de société