Ces petits saumons bretons et les "monstres" québécois

Ce texte traitant de la pêche sportive sur les rivières à saumons du Québec et de la Bretagne a été rédigé en 1987 à l'occasion d'un échange franco-québécois. Il est donc possible que certaines informations aient changées depuis. Toutefois, l'essentiel du texte demeure le même...

En visitant les différents sites de pêche de Bretagne, on ne peut que constater, un peu avec étonnement, que les prises sont petites, et les rivières bien modestes. D'ailleurs, nombreuses sont les particularités rendant les pratiques de la pêche sportive très différentes, qu'on soit placé à l'est ou à l'ouest de l'Atlantique. Pourtant, bien que tel n'ait pas toujours été le cas, historiquement parlant, cette région de la France s'avère la plus productrice du pays en terme de capture de saumons.



Les bonnes performances de la Bretagne, enregistrées ces dernières années sur le plan de la pêche au saumon, à l'échelle nationale, lui viennent en majeure partie de caractéristiques géographiques nettement favorables par rapport au reste du pays. En plus de bénéficier d'un climat ne dépassant généralement pas les 20 degrés, la région peut en effet compter sur les plus fortes pluviométries, de hautes altitudes, et sur le plus grand nombre de rivières à saumons.

Toutefois, dès que l'on compare les statistiques européennes à celles se rapportant à nos rivières, force est d'admettre que l'écart paraît immense. Par exemple, sur l'Élorn, qui compte parmi les bonnes rivières de pêche de Bretagne, le poids moyen des captures échantillonnées en 1986 s'élevait à 3500 grammes, soit un peu plus de 7,5 lbs, pour une taille moyenne de 69,3 cm. La plus grosse prise avait alors été de 86 cm, et pesait 6900 grammes (15,2 lbs).

En comparaison, dans la région Bas-St-Laurent/Gaspésie, on peut estimer à entre 4500 et 9100 grammes (10 à 20 lbs) le poids moyen d'un saumon capturé, tout dépendant de la rivière concernée. En 1986, la plus grosse prise était par ailleurs d'un poids de 1455 grammes (32 lbs), ce qui nous laisse déduire, et avec raison, que nos saumons font figure de véritables monstres aux yeux des pêcheurs bretons.


Absence d'éthique

Curieusement, il n'existe aucune éthique sportive régissant la pêche au saumon sur les rivières bretonnes. Bien au contraire, tous et chacun peuvent décider, à tout moment, de descendre ou remonter la rivière, de façon à repérer un meilleur site de pêche. Au Québec, c'est la méthode du chacun son tour qui prime, de manière à assurer une certaine rotation entre les pêcheurs.

"Quand on arrive dans une rivière, on commence à pêcher en aval, et on termine en amont, explique un pêcheur sportif québécois. On a en aucun cas le droit de dépasser quelqu'un. C'est le premier arrivé qui a le choix de l'endroit où pêcher, ce qui ne lui confère pas pour autant de droits spéciaux sur une fosse."

Les techniques de pêche préconisées en Bretagne et au Québec reflètent d'ailleurs bien les mentalités des deux peuples quant à leurs pratiques sportives. Chez les Bretons, malgré de légitimes efforts afin d'instaurer progressivement la pêche à la mouche, la plupart des adeptes du saumon en sont encore à pêcher à la cuillère (leurre métallique).

Pratiquement interdite partout au Québec, cette technique permet de capturer plus facilement les saumons, souvent immobiles au fond des fosses, ce qui fait dire à plusieurs que "les Bretons sont des viandards, c'est-à-dire qu'ils pêchent tout simplement "pour la viande".

À l'opposé, en Amérique du Nord, c'est la pêche à la mouche qui est en vogue, question d'éthique, et de tradition. En reculant un peu dans l'histoire, on apprend que ce sont les Anglais, en débarquant sur notre continent, qui ont amené avec eux cette pratique "de classe" au grand style. Elle devait par la suite rester ancrée dans les habitudes de pêche des Canadiens, parce que plus sportive.

Notons que les lois bretonnes entourant la pêche au saumon diffèrent des nôtres. Ainsi, on y a adopté une réglementation globale quant aux dates de la saison de pêche. Au Québec, celles-ci varient en fonction des rivières. Alors que nous avons droit à sept saumons par année, capturés sur des journées différentes, le quota annuel par personne en Bretagne est de quatre prises, peu importe qu'elles aient ou non été capturées lors d'une même journée. Sur le plan des déboursés, il en coûte 150 Fr (environ 40.00$) par saumon, tandis qu'au Québec, un droit de passage est fixé en fonction de la rivière visitée.



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