Pour la survie de l'éducation physique

De nouvelles habiletés pour l'estime de soi

Quatrième d'une série de quatre articles

On élabore souvent sur l’éducation physique en parlant de ses bienfaits, de la transmission de saines habitudes en matière de santé qu’on devrait conserver toute sa vie durant. Et ce n’est pas une erreur, loin de là!

Mieux, une étude québécoise a démontré qu’une éducation physique quotidienne en milieu scolaire permet aux élèves de maintenir ou d’augmenter leurs résultats académiques et ce, en dépit d’une diminution du temps d’enseignement consacré aux autres matières (4 heures 20 minutes par semaine). Pourtant, dans un tout autre registre, on peut aussi parler de l’éducation physique comme d’un outil de premier plan favorisant l’estime de soi et l’intégration sociale.

Dans un groupe donné, on retrouve généralement un fort noyau d’élèves qui réussissent très bien ou raisonnablement bien en classe tout en faisant preuve d’habileté dans les activités sportives. Pour une deuxième portion de ce même groupe, les résultats académiques se font discrets mais les performances satisfaisantes en éducation physique permettent aux élèves concernés de vivre leur part de succès. Cependant, pour une minorité d’élèves, l’école, les sports, et les groupes d’amis représentent des sphères d’activités parsemées d’embûches, d’expériences désagréables et parfois de souvenirs douloureux.

La jeune Mylène, 11 ans, obèse, n’a pas été choyée par la vie. Ses parents se sont séparés après quelques années d’union tumultueuse. L’éclatement du noyau familial a eu pour conséquence que Mylène s’est refermée sur elle-même et se croit responsable de la séparation de ses parents. Depuis son entrée à l’école, elle accumule les échecs et ne performe pratiquement nulle part. Ses relations avec son enseignante sont pour le moins tendues. Elle se rebelle et refuse de s’astreindre à une quelconque autorité.

Aussi curieux que cela puisse paraître, Mylène fonctionne très bien en éducation physique, au grand dam de son enseignante titulaire qui n’en croit rien. Si son obésité ne lui permet pas d’aspirer à de grandes performances athlétiques, en revanche, elle travaille fort pour aspirer à un certain seuil de réussite.

La raison est fort simple: le contenu des cours est justement conçu pour favoriser l’épanouissement de l’élève à son rythme, dans le plus grand des respects. Mieux, la grande diversité des champs de compétence explorés permettent à l’éducateur physique, tôt ou tard, de rejoindre l’élève en difficulté d’adaptation.

L’exemple de Mylène est frappant à cet égard. Compte tenu de son apparence physique et de la lourdeur de ses déplacements, elle s’est toujours refusé de ressentir un quelconque plaisir en participant avec des amis à une activité physique à l’extérieur de l’école. La peur du ridicule, d’être de nouveau pointée du doigt, l’emporte sur son besoin inné de s’extérioriser.

Pourtant, récemment, il fut question de jonglerie en éducation physique, même qu’on devrait bientôt jongler avec trois objets à la fois! Pour Mylène, en jonglerie, l’apparence physique n’est plus un obstacle, pas plus que sa lourdeur. Après quelques semaines d’effort, au grand étonnement de tous, elle arrive à maîtriser ses trois balles mieux qu’une bonne proportion d’élèves parce qu’elle a senti cette fois qu’un petit succès était à sa portée. Devant cette réussite, l’éducateur physique a évidemment profité de la situation pour utiliser Mylène comme aide-enseignante auprès de quelques camarades...

Mylène ne se joindra jamais à la troupe du Cirque du Soleil, c’est une évidence. Par contre, tous les petits succès qu’elle vivra pendant ses cours d’éducation physique contribueront certes à lui donner une meilleure estime d’elle-même.

Vous l’aurez deviné, Mylène n’existe pas, du moins pas sous ce nom d’emprunt. Le personnage, lui, est bel et bien réel, même qu’on le retrouve en plusieurs exemplaires dans toutes les écoles du Québec. Ce que toutes les Mylène ne savent pas, c’est que rien n’est encore acquis pour l’éducation physique en milieu scolaire. Certains ne lui accordent que quelques petites minutes à l’horaire, histoire de se donner bonne conscience. D’autres voudraient même la voir disparaître complètement au profit de matières jugées plus importantes.

Si nous ne faisons rien, si nous laissons les choses aller ainsi, nous devrons sans doute un jour expliquer à toutes ces jeunes Mylène pourquoi elles n’ont plus droit au succès, au plaisir et à l’estime de soi. Bref, nous devrons leur expliquer, dans nos mots d’adultes, pourquoi nous les avons nous aussi abandonnées.


Yves Potvin
Éducateur physique
http://www.bandesportive.com