"Du succès dans tes études... et la santé plus que jamais!"

Les souhaits du Nouvel An adressés autrefois aux aînés conviennent maintenant davantage aux jeunes

Vivre en santé, particulièrement pour un adulte d’un âge avancé, a toujours constitué le plus beau cadeau du ciel que l’on puisse obtenir, ce qui explique sans doute que l’on soit porté à la lui souhaiter instinctivement à l’occasion du Nouvel An. En retour, les aînés espèrent que les jeunes obtiendront du succès dans leurs études de manière à leur permettre de fonder les plus grands espoirs en leur avenir. Mais les temps ont bien changé, tellement changé en fait que ces mêmes aînés vivent heureusement de plus en plus longtemps tandis que les jeunes, eux, ont une condition physique qui s’effrite, avec toutes les complications que cela impliquera sous peu.


La santé est un bien grand mot que plusieurs utilisent à toutes les sauces. Parler de santé au Québec fait principalement référence aux actions curatives entreprises ou envisageables pour remédier à une situation précaire. Les engorgements dans les salles d’urgence, les listes d’attente pour les chirurgies, les soins de santé à deux vitesses, les besoins d’effectifs dans les régions et, plus récemment, les disputes entre les médecins spécialistes et le ministre Legault, font largement la Une dans les médias québécois. On cherche sans relâche à panser le bobo sans nécessairement tenter d’en combattre la source.

De plus en plus de gens croient pourtant que l’État doit accentuer ses interventions au niveau de la prévention en matière de santé. Même si leur présence est tout à fait justifiée, les campagnes anti-tabac et anti-alcool ont à elles seules un effet limité sur les habitudes de vie de la population. Pour obtenir des effets efficaces et durables, il importe d’associer dorénavant à tous ces efforts de prévention le mot « éducation ».

Éduquer une société à la santé implique un effort de concertation entre toutes les entités qui oeuvrent de près ou de loin dans les secteurs sociaux. Cela implique aussi, assurément, un changement d’habitudes, une remise en question pouvant paraître brutale des principes qui nous semblaient pourtant tout à fait justifiés autrefois. Jusqu’ici, bon nombre d’organismes sociaux et gouvernementaux ont mis en place des mesures visant entre autres à contrer les effets de la sédentarité chez les jeunes et moins jeunes en tentant de multiplier leurs occasions de bouger. Pour ce faire, ils misent particulièrement sur une plus grande accessibilité aux différentes infrastructures déjà en place. Mais c’est encore insuffisant ; il faut faire davantage pour que la santé devienne progressivement une valeur intrinsèque pour la population québécoise.

De son côté, l’École tarde à réagir et persiste à accorder une place « théorique » à la santé. Même depuis l’avènement de la réforme de l’éducation, on continue d’appuyer la thèse selon laquelle un « bon élève » est celui qui s’illustre en français et en mathématiques et ce, en dépit du fait qu’il soit un être intellectuel, certes, mais aussi un être affectif, social et physique. Qu’elle le veuille ou non, elle devra ainsi assumer une part de la responsabilité du gouvernement et contribuer elle aussi à mettre sur pied un véritable projet de société en matière de santé.


De simples vœux

En cette période de grandes festivités – pré-électorale par surcroît – il est de mise de nous rappeler l’urgence d’opter pour une politique qui débordera des cadres sociaux, économiques, technologiques et environnementaux habituels auxquels nous avons traditionnellement été référés.

Pour 2003, souhaitons donc au ministère de l’Éducation de saisir – enfin ! – la différence entre un cours d’éducation physique et à la santé et une simple activité physique. On parle d’éducation physique lorsque tous les jeunes sont en formation, suivant un programme rigoureux approuvé par ce même ministère. On y transmet un bagage de connaissances, de règles d’éthique, d’expériences corporelles guidées et de vie en collectivité, comme dans la vie de tous les jours, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

L’éducation physique ne peut en aucun cas être comparée à un jeu, à une récréation, à une forme de loisir, à une activité parascolaire ou à un sport. Elle vise au contraire à fournir aux jeunes des moyens de se forger un mode de vie sain et actif et présentera subséquemment tous ces champs d’activation complémentaires comme des suites logiques aux apprentissages transmis par l’école.

On peut par ailleurs souhaiter aux jeunes du Québec bien plus que les 60 minutes d’éducation physique par semaine dont ils disposent présentement, à l’intérieur du temps de classe, alors que ceux de pratiquement tous les pays du monde en ont plus. Pour ce faire, il faudra néanmoins s’en remettre à la volonté du gouvernement – ce qui peut en inquiéter certains – qui doit faire de la santé des jeunes une priorité au lieu de constamment remettre le projet à plus tard.

« Les fonds nécessaires n’y sont pas », nous dit-on. C’est sans doute le cas justement parce qu’on a décidé d’investir ces sommes à d’autres fins, comme en témoigne par exemple le plan d’action du gouvernement rendu public au cours des derniers mois. Investir dans l’avenir des jeunes n’est-il pas pourtant le meilleur « placement » qui soit, garant de leur avenir dans la société et du nôtre collectivement ? Comment peut-on encore douter de la pertinence d’investir sur sa propre destinée ?

Souhaitons aussi aux partis de l’Opposition de faire preuve de courage en brisant leur silence caractéristique sur la question. Il est plus que temps que les hommes et femmes qui aspirent à diriger le Québec, au lendemain des prochaines élections provinciales, fassent connaître clairement et publiquement leurs intentions en faveur de la santé des jeunes.

Profitons enfin de ce Jour de l’An pour inviter les trois principaux partis, qui s’engageront bientôt dans une campagne électorale, à prendre un engagement ferme en faveur des jeunes et dénué de conditions, avec un échéancier précis. La société québécoise se montre prête à ce qu’une culture de la santé soit instaurée dans toutes ses écoles par un texte de loi déposé à l’Assemblée nationale. C’est là un souhait qui pourrait finalement être adressé à tous…

D’ici là, continuons d’échanger nos vœux comme nous l’avons toujours fait, dans la plus pure tradition du temps des fêtes, mais en adaptant nos propos à une réalité qui nous rattrape de plus en plus vite.

« Oui fiston, en cette année qui commence, je te souhaite évidemment du succès dans tes études. Mais j’en profite par contre pour te souhaiter aussi la santé ! Tu risques fort d’en avoir besoin… »

Bonne année à tous !



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