Les filles sont au vestiaire... Attention!

Tous sont du même avis sur la question, le sexisme existe partout et ce sont les femmes, bien entendu, qui en sont principalement les victimes... Mais si ce constat ne peut être nié par personne, il arrive, rarement, que ce sont les hommes qui en subissent les conséquences!


Le plus bel exemple se trouve justement dans l'enseignement de l'éducation physique. Au primaire, une enseignante qui décide d'entrer dans le vestiaire des garçons, alors que ceux-ci se changent pour un cours, passera presque inaperçue. À l'opposé, un enseignant de sexe masculin qui osera s'aventurer en sol féminin suscitera une vive réaction auprès des jeunes filles.

Même au secondaire, une enseignante entrant dans le vestiaire des gars ne soulève, en général, que bien peu de protestations. Par le passé, j'ai même pu personnellement constater la présence dans le vestiaire de mon prof (féminin) de basket du collégial qui, dans un anonymat quasi total, a pu s'informer de l'état de la cheville d'un confrère étudiant blessé durant son cours, tandis que certains déambulaient complètement nus autour d'eux.

Dans ce cas-ci, avouons-le une fois pour toute, la perception que nous avons de notre nudité et la connotation sexuelle qui s'y rattache varient énormément entre les deux sexes. Si de manière générale une jeune fille ou une femme pourra se sentir agressée par le simple regard d'un homme s'attardant quelque peu sur son corps, bon nombre de garçons prendront souvent plaisir à constater qu'on les scrute à la loupe...

Un dilemne

Dans nos gymnases, dans notre quotidien d'enseignants, un problème du même type se pose constamment et mérite une attention particulière. En effet, parmi vous messieurs, qui n'a jamais dû toucher une élève au cours d'un quelconque enseignement, en lui prêtant assistance lors de l'exécution d'un mouvement de gymnastique. Il s'agit là d'un geste anodin, presque coutumier, qui n'a évidemment pour raison d'être qu'un désir de seconder l'élève dans une tâche nécessitant assistance et d'éviter toute blessure pouvant en découler, particulièrement lorsqu'il s'agit d'une débutante.

Malheureusement, un peu comme ça se produit dans le cas d'une blessure, votre façon d'intervenir peut être interprétée d'une manière bien différente de la vôtre, avec des conséquences parfois terribles sur votre avenir professionnel, familial et social.

Je me souviens d'avoir entendu un confrère raconter à des amis la mésaventure qu'il avait vécue avec une nouvelle élève de 6ième année à son école. Durant un cours de badminton, elle n'arrivait tout simplement pas à saisir l'importance d'une bonne prise de raquette, d'un positionnement adéquat de ses segments, etc. Il s'était alors placé derrière elle, en toute innocence, lui touchant les bras, pour lui faire prendre une posture dynamique favorisant la réalisation du geste à l'étude.

La réaction de l'élève avait alors été aussi vive qu'immédiate. En s'écartant brusquement de son enseignant, elle l'avait traité d'obsédé, en l'accusant d'essayer de regarder ses seins par l'encolure de son chandail.

Sur le coup, l'enseignant en question n'avait pas trop porté attention à cette remarque en se contentant tout simplement d'ignorer ces paroles, lourdes de signification, et de poursuivre son cours normalement. Ce n'est que quelques semaines plus tard qu'il a appris, de la bouche de son directeur d'école, qu'il faisait l'objet d'une plainte formelle des parents de l'élève qui, en s'assurant les services d'un avocat, décidaient de le poursuivre devant la Cour!

Dans les jours qui ont suivi cet incident, la jeune fille avait tenté de rallier quelques-unes de ses compagnes de classe à sa cause, avec un certain succès, si bien que le petit geste anodin dont nous parlions a pris une ampleur tout à fait démesurée.

Bon nombre d'éducateurs physiques ont eux aussi dû subir pareille humiliation par le passé, et seront encore des cibles privilégiées dans l'avenir. Parmi ceux-ci, quelques coupables, hélas! mais aussi plusieurs victimes d'abus de la part d'élèves qui, en quête de vengeance pour différentes raisons, ont tout à coup réalisé qu'elles détenaient un pouvoir immense. Certains ont tout perdu, même dans l'innocence: réputation, travail, famille, stabilité financière et psychologique, etc.

Des précautions... mais pas de formule magique!

S'il n'existe aucune recette miracle pour remédier à ce problème, ou du moins pour le prévenir, on peut toutefois dresser facilement une courte liste de précautions à prendre avant de se risquer à commettre un geste, si anodin soit-il, pouvant paraître répréhensible aux yeux de vos élèves et de leurs parents.

Par exemple, il est préférable d'éviter d'entrer inutilement dans le vestiaire pendant que les filles s'y dévêtissent, même au primaire, à moins qu'il ne s'agissent de jeunes du premier cycle. Dans ce cas-ci, plusieurs se demanderont alors comment exercer une surveillance efficace des élèves qui en profitent pour faire du grabuge. Nous le disions, il n'existe pas de réponses idéales à cette question, mais votre bon jugement devra devenir votre seul guide.

Ainsi, si vous jugez que votre présence à l'intérieur du vestiaire est nécessaire parce que la sécurité de vos jeunes n'y est plus garantie, il va de soi que vous devrez entrer tout en prévenant les élèves de votre arrivée imminente. Si au contraire vous ne désirez que rappeler à l'ordre quelques individus qui se paient une partie de plaisir en votre absence, peut-être alors que de simples avertissements verbaux feront très bien l'affaire, toujours sans perdre de vue que vous pourriez devoir entrer malgré tout, si le problème persiste.

Par contre, en présence d'élèves, la prudence est de rigueur dans vos contacts avec ceux-ci. Prendre un élève par le cou, lui caresser les cheveux, même le plus innocemment possible, sont malheureusement devenus des gestes risqués, eux qui n'ont pourtant comme raison d'être que de créer une relation chaleureuse et amicale entre l'enseignant et son élève. Dans le même ordre d'idée, se retrouver seul dans un bureau clos avec un(e) élève peut rapidement faire courir des rumeurs tout à fait absurdes.

Enfin, dans vos assistances auprès d'élèves en difficulté, quel que soit le geste technique à l'étude, vous devrez constamment rester sur vos gardes en ne les touchant que lorsque cela vous apparaît nécessaire, particulièrement pour assurer leur sécurité. Dans tous les cas, il serait à conseiller de d'abord prévenir l'élève en question que vous devrez le toucher à un endroit précis de son corps pour faciliter son travail ou pour lui éviter des blessures. En vous exprimant ainsi, verbalement, vous contribuerez à créer une relation de confiance avec l'élève tout en vous assurant que les témoins de votre intervention l'interpréteront correctement.

Certains diront que nous sommes de plus en plus menottés dans nos interventions, que nous ne sommes plus libres d'exercer notre profession en toute quiétude. À ceux-là, disons simplement qu'ils n'ont pas réellement tort, mais que de faire preuve de plus de précaution ne fera qu'amplifier la crédibilité de nos actes professionnels aux yeux des élèves et de leurs parents. Ce sont les interventions sérieuses des enseignants qui permettront d'effacer les traces des quelques cas isolés d'abus commis par le passé... et qu'on garde malheureusement plus longtemps en mémoire.



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