Une petite tape dans le dos!

Le courant en faveur de l'éducation physique est réel mais encore fragile

Plusieurs ont du mal à y croire… On a beau se pincer la peau, rien n’y fait ! On assiste bel et bien à un courant favorable à l’éducation physique d’un bout à l’autre du Québec. Tous savaient depuis longtemps que de multiples études scientifiques appuyaient nos requêtes. Tous constataient également que la population était de plus en plus consciente du lien entre la santé des jeunes et leur formation scolaire. Mais bien peu de gens avaient prédit que le ministre Simard, par un beau jour de février, annoncerait ce qui semblait encore relever de l’imaginaire en début d’année.


Qu’on se le dise une fois pour toute, l’heure n’est pas à la recherche DU responsable de ce soudain changement de cap politique. Il nous apparaît évident que la FÉÉPEQ, entre autres, avec ses innombrables démarches devant les instances gouvernementales, a su outiller, voire rassurer, le ministre Simard. Avouons-le, ce dernier fait preuve d’un certain courage en franchissant une frontière que tous ses prédécesseurs avaient préféré respecter.

Il est tout aussi évident que notre comité a eu son mot à dire dans l’évolution de ce dossier. Et sans tous les actes professionnels posés quotidiennement par des éducateurs physiques, sans tous ces petits gestes significatifs remarqués par les parents d’élèves, les démarches politiques et populaires que nous avions mises de l’avant ces dernières années auraient été vaines. C’est donc à chaque professionnel de l’éducation physique, qui a exercé son métier avec passion, que devrait être adressée cette petite tape dans le dos en guise de remerciements.

Dans cette galère, le Comité d’action ÉPS s’était donné pour mandat de sensibiliser la population aux conséquences de la diminution du temps accordé à l’éducation physique dans les écoles du Québec. Le problème de sédentarité étant de plus en plus perceptible chez les jeunes, nous souhaitions démontrer au public le besoin criant d’instaurer, en milieu scolaire, une formation adéquate et obligatoire en matière de santé, ce que seule une éducation physique de qualité est en mesure d’assurer efficacement. Il s’agissait pour nous d’un pré-requis incontournable à l’élaboration d’une véritable culture de la santé au Québec, et surtout d’une condition non négociable.

Avec des moyens fort limités, notre offensive s’est exercée sous plusieurs angles, d’abord dans la population en général, lors de la publication d’une pétition déposée officiellement à l’Assemblée nationale par la députée Lyse Leduc, puis de manière plus précise en ciblant des regroupements distincts. C’est ainsi que des conseils d’établissement, puis des comités de parents, ont été saisis du dossier et pressés de s’exprimer sur la question. Nous avons donc profité de l’envoi de documents que nous avions produits pour solliciter dans certains milieux un droit de parole lors d’assemblées de comités de parents et, autant que possible, en ressortir avec une lettre d’appui en poche.

Devant l’étendue progressive de nos démarches, nous avons ensuite soumis le dossier à des organismes oeuvrant dans le secteur de la santé — et obtenu leur appui — ce qui nous a procuré une crédibilité quasi indéfectible auprès des médias de la province. Parties d’une petite pétition lancée un peu maladroitement, nos démarches ont alors pris l’allure d’un mouvement de masse. De ce fait, reconsidérer à la hausse le temps accordé à l’enseignement de l’éducation physique ne devenait plus une préoccupation partagée par de simples intervenants mais bien par des milliers de citoyens du Québec.

Au moment d’écrire ces lignes, plusieurs questions demeurent pourtant en suspens. La conjoncture électorale nous suggère d’ailleurs de rester aux aguets. Jusqu’à maintenant, outre le parti au pouvoir qui a clairement fait part de ses engagements pour septembre 2004, aucune orientation claire en ce sens n’a été mise de l’avant par les deux autres principales formations politiques qui aspirent à former le prochain gouvernement. Alors que les annonces du ministre Simard, en matière de santé chez les jeunes, ont manifestement réjoui l’ensemble de la population, le silence rigoureux des autres partis en lice nous laisse songeurs.

Il faut exiger de toutes les formations qu’elles endossent, puis respectent, au lendemain des élections, les annonces officialisées en début de campagne. Chaque éducateur physique doit aussi, de son mieux, soutenir auprès de son conseil d’établissement la pertinence d’aller de l’avant dans ce dossier du temps d’enseignement, parce qu’il y a évidemment, déjà, une résistance bien visible des cadres scolaires dans certaines régions.

On cherchera sans doute à adapter, à interpréter, voire à modifier l’annonce du ministre sous prétexte qu’elle est inconciliable avec les particularités du milieu. À l’occasion, on choisira peut-être de parler de l’ajout d’une heure d’activité physique dans les écoles du Québec. Bref, pour respecter une quelconque tradition locale, pour éviter les problèmes d’administration et de confection d’horaires, il y a fort à parier qu’on se laissera, parfois, un peu tirer l’oreille…

Une volonté politique émerge présentement en faveur de l’éducation physique. Celle-ci fait suite à un courant populaire, et à des avis professionnels, qui témoignent de l’urgence de joindre une culture de la santé à notre système d’éducation. Dans l’immédiat, afin de préserver ces acquis encore très fragiles, c’est à nous de faire la preuve de notre désir réel de maintenir le cap dans cette direction, et dans l’intérêt des jeunes. Si la décision définitive relève de la gent politique, c’est à nous, dans nos pratiques et dans nos interventions, que revient en effet la responsabilité de prouver l’irréversibilité de ce courant.
Le 21 mars 2003




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