Problèmes de poids chez les jeunes
Passer de la parole aux actes serait déjà une bonne solution!

Un rapport publié par une équipe de travail formée au lendemain du Forum des générations nous apprend que nous plongeons tête première dans une véritable « crise de santé publique ». À l’instar des États-Unis, le Québec a lui aussi le ventre gros. Parfois les jeunes mangent mal, aiment le sucre et, souvent, ne sont pas suffisamment actifs physiquement. Ils s’exposent de ce fait à diverses maladies chroniques et problèmes d’ordre psychologique qui auront inévitablement un impact sur les finances publiques.


Mais en consultant le rapport, on en vient à se poser la question qui suit. Se pourrait-il en effet que rien de tout ce que l’on apprend aujourd’hui n’ait pas déjà été révélé auparavant?

En fait, le véritable problème de société auquel nous assistons est peut-être tout simplement une suite logique à notre propre complaisance au fil des années. À force de lire et d’entendre des propos tous aussi alarmants les uns que les autres à ce sujet, on finit presque, en effet, par accepter la situation comme étant une incontournable « évolution » de notre société, une sorte de fatalité qui redéfinira les standards en matière de santé pour les générations à venir.

Tous observent pourtant, depuis des années, que les jeunes sont en moins bonne condition physique qu’autrefois, qu’ils adhèrent à des formes de loisir actif avec moins d’entrain, qu’ils sont parfois moins séduits par le goût de l’effort physique que celui d’un « Big Mac », etc. Les avis scientifiques et exemples fort éloquents se sont multipliés — particulièrement au cours des cinq dernières années — mais on en est toujours à « étudier » la situation, à « consulter » les partenaires et à travailler sur des « pistes de solutions ».

Si bien des parents se sont désengagés de leur responsabilité de transmettre de saines habitudes de vie à leurs enfants, pour toutes sortes de raisons, il faut admettre qu’ils ont fort peu été épaulés dans cette tâche par l’école québécoise ces dernières années. L’avènement de la réforme de l’éducation, qui devait théoriquement répondre aux besoins réels de formation du futur citoyen, a eu pour conséquence directe de diminuer sensiblement le temps accordé à l’enseignement de l’éducation physique et à la santé dans les établissements scolaires.

On cherche bien maintenant à corriger le tir en annonçant l’ajout d’une heure d’éducation physique par semaine à partir de l’an prochain dans les écoles primaires mais l’application de cette mesure — ou l’interprétation que l’on voudra bien en faire — dans toutes les commissions scolaires reste à voir. Déjà, les deux heures hebdomadaires de temps « indicatif » proposées par le ministère de l’Éducation laissent entrevoir de nombreuses interprétations assorties aux croyances et préférences de chaque milieu. On sait aussi que les jeunes de la maternelle et du secondaire, eux, n’auront droit à aucune bonification, un non-sens. La solution à privilégier, s’il en est une, consiste non pas à investir au compte-goutte dans la santé des jeunes mais bien de s’attaquer de front au problème dans une perspective globale.

L’école remplit-elle son mandat d’éduquer à la santé? Il est évident que non, surtout si l’on considère le temps ridicule accordé à l’éducation physique dans nos écoles comparativement à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Les poutines et boissons gazeuses ont-elles leur place dans une maison d’enseignement supposée promouvoir une alimentation équilibrée? Serait-il insensé d’imaginer un environnement sans fumée pour tous les étudiants? Peut-on vraiment souhaiter voir les jeunes adhérer sur une base régulière à la pratique d’activités physiques de loisir lorsque plusieurs gymnases ne sont pas accessibles gratuitement ou à peu de frais après les classes? Chaque école ne devrait-elle pas avoir l’obligation formelle d’élaborer un plan de réussite éducative orienté vers la santé de ses élèves?

Les questions ne manquent pas mais les réponses, elles, tardent à se concrétiser. Il existe bien des pistes de solutions afin d’orienter résolument nos actions vers la santé des jeunes. Et toutes nous conduisent vers la même constatation : il est plus que temps de passer de la parole aux actes.

Texte publié le 30 septembre 2005



Vos commentaires

"Je suis tout à fait d'accord avec Yves Potvin quand il dit que la population est de plus en plus vieillissante et la jeunesse de plus en plus sédentaire. C'est, certes, très inquiétant! Je suis moi-même éducateur physique qui , comme tous mes collègues, tente de faire bouger les jeunes. Parfois j'ai presque peur de l'avenir des jeunes Québécois. Ils ont peine à courir 8 minutes! La plupart s'arrêtent au moins une fois après une minute de course! Quand j'enseignais au niveau secondaire c'était encore plus alarmant ! Alors, je crois que les éducateurs physiques ont une mission sociale! Toutefois, on ne peut accomplir cette mission à l'intérieur du 2 heures allouées pour l'éducation physique. C'est complètement ridicule. Dans plusieurs pays d'Europe, les jeunes ont trois heures et plus d'éducation physique. Au Japon, Les jeunes ont, en moyenne, 4 heures d'éducation physique par semaine. N'oubliez pas qu'il faut, minimalement, faire 30 minutes d'activité physique par jour. De plus, n'oublions pas que les 60 minutes allouées par période d'éducation physique ne sont que théoriques. La moyenne du temps d'engagement moteur est environ 35 minutes. Et là je crois que je suis très généreux car il y a les consignes, le vestiaire, les déplacements, les rétroactions, les messages reliés au parascolaire + l'éducation à la santé, etc... Est-ce qu'il reste du temps pour bouger!? Posons-nous la question! Il y a même un cardiologue qui a dit que les jeunes devraient avoir une heure par jour d'éducation physique. En tous les cas, j'espère qu'un jour nous allons nous réveiller!!!"

— Éric CHARTRAND (St-Hubert), 26 octobre 2006

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