Triste situation éducation physique

Chacun, à sa façon, s'implique dans le mouvement amorcé pour faire reconnaître l'importance de l'éducation physique et à la santé dans le développement des jeunes. Un éducateur physique de Baie St-Paul s'y est engagé à fond et vient de publier dans l'Hebdo Charlevoisien le texte qui suit.



Le 20 avril 2001, Simon Fortin, éducateur physique à Baie St-Paul, écrivait:

On en entend parler de plus en plus, tout le monde semble reconnaître le problème, mais qui désire amener des améliorations ou des changements? Les jeunes sont de moins en moins actifs, c’est un fait. Des études le démontrent. En éducation physique, au secondaire, nous ne sommes plus capables de comparer les jeunes d’aujourd’hui d’après des tests d’habileté et d’endurance des années 80. Les meilleurs ne sont même pas dans la moyenne, sauf à quelques exceptions près. Les jeunes performants s’entraînent dans des équipes interscolaires ou dans des sports civils et sont encouragés par leurs parents.

S’il n’est pas motivé, le jeune optera pour la loi du moindre effort. Nous laissons le jeune décider de sa propre condition physique; il est difficile de l’éduquer, car nous avons peu de contact avec lui. Le professeur d’éducation physique a toujours été le prof négligé, l’intervenant en culotte courte, le bon gars rieur, le « pousseux » de ballon, le chanceux qui joue avec ses élèves et le prof du cours non obligatoire. Ces mythes devront disparaître, car ce n’est aucunement le cas; l’éducation physique apporte des valeurs extrêmement importantes: la confiance en soi, la détermination, le dépassement, la coopération, le travail et l’esprit d’équipe, la résolution de problèmes, l’expression corporelle et plusieurs autres. Aucune période en classe ne peut rejoindre autant de valeurs personnelles et collectives en si peu de temps. Pourtant, le jeune du secondaire passe 23h45 assis et 1h15 par semaine en gymnase et ils sont nombreux à se trouver une raison pour se faire exempter.

Nous naissons avec le goût de jouer et de s’amuser, mais, comme dans notre quotidien, plus on fait quelque chose, plus on veut le faire et moins on le fait, moins on veut le faire. Il est plus facile pour un jeune d’éviter l’effort, surtout quand on lui demande de se changer devant ses ami(es), de se faire remarquer pendant une activité qu’il maîtrise moins bien ou seulement de se rendre compte qu’il n’a pas autant d’énergie que ses compagnons. Souvent, les parents eux mêmes signent des billets pour exempter leur enfant de l’éducation physique avec des motifs farfelus; on reçoit même des exemptions médicales avec des raisons très discutables données par un spécialiste de la santé. Nous sommes aussi des professionnels de la santé et, malheureusement, les professeurs d’éducation physique sont toujours perçus, même au XXI siècle pour des amuseurs d’enfants.

Nous connaissons parfaitement les bienfaits de l’activité physique pour la santé, les méthodes d’échauffement et d’étirement pour éviter les blessures, les façons de pratiquer un sport sécuritairement, les fréquences cardiaques cibles pour ne pas exagérer l’effort déployé, les tests de la condition physique pour classer et sensibiliser le jeune devant les forces et les faiblesses de sa propre santé. Il faudrait, en plus, lui enseigner les mesures à suivre pour le futur afin de maintenir sa condition physique. À l’école, nous n’avons pas le temps de le faire et avec la réforme nous aurons, en surplus le volet santé à couvrir sans temps additionnel. C’est ridicule! Comment lui enseigner que la sédentarité obtenue en ne pratiquant plus d’activités physiques depuis plusieurs mois ou en « chatant » sur internet 20 heures par semaine, est un facteur de risque des maladies cardio-vasculaires? Nous ne pouvons pas enseigner l’effort en théorie, il faut le vivre, il faut transpirer.

Travailler pour la santé, c’est mettre nos énergies ensemble. Arrêtons de régler les problèmes à la surface et améliorons la base. La société ne cesse de se soulever devant les hôpitaux qui sont pleins, les urgences surchargées, nos médecin débordés. Alors, pourquoi ne pas « guérir » la prochaine clientèle dès maintenant... et avant qu’il ne soit trop tard? Soyons logiques et ne laissons pas détériorer notre jeunesse! Il est inutile de faire des campagnes de prévention contre la cigarette quand un jeune qui, en principe, ne peut s’en acheter nulle part peut fumer devant la porte de l’école sans que personne ne puisse intervenir. N’importe quel adulte se ferait donner une amende s’il consommait de l’alcool sur le trottoir, pourtant nous avons tous l’âge pour s’en procurer et on y retrouve beaucoup moins de produits nocifs pour la santé que la cigarette. Pourquoi offrons-nous autant de moyens aux jeunes de nuire à leur santé?

Augmentons le temps d’engagement moteur de nos jeunes, soyons clairs et concis devant les risques pour leur santé d’un manque d’activité physique, d’une mauvaise alimentation, du tabagisme et des habitudes de vie néfastes comme le stress. Il est temps de faire un vrai débat et de mener de vraies études sur la condition physique des jeunes et cessons d’écrire des objectifs et des compétences à atteindre sans en avoir le temps d’intervenir auprès d’eux. Donnons-nous aussi, les moyens de bien le faire afin de protéger la santé de la génération future.


Simon Fortin
Éducateur physique
Baie St-Paul, Québec



Nos chroniques | Reportages | Débats et opinions | Portraits