Briser le silence

Éditorial rédigé pour le journal "Propulsion" de la FÉÉPEQ, numéro de janvier 2000

En novembre dernier, le président de la FÉÉPEQ, M. Mario Sévigny, était l’invité de l’Association des éducatrices et éducateurs physiques enseignants de Laval-Laurentides-Lanaudière (AÉÉPELLL) à l’occasion de son assemblée générale annuelle. Au cours de son allocution, M. Sévigny s’est beaucoup attardé sur la nécessité pour tout éducateur physique de faire connaître son travail au grand public... et il avait raison.


Ce n’est pas un secret pour personne, plus que jamais, nous traversons une période cruciale pour la reconnaissance de notre profession. La mise sur pied de nouveaux programmes et, surtout, l’avènement des conseils d’établissement dans nos écoles primaires et secondaires risquent fort de hyérarchiser les différentes matières scolaires, et par le fait même les enseignants entre eux. Les meilleurs vendeurs, ceux qui sauront davantage promouvoir leur compétence et l’importance de leur matière au coeur du projet éducatif de leur école, risquent donc d’obtenir plus facilement les faveurs des parents et de la direction d’école.

Déjà, dans certains milieux, l’exercice de force donne lieu à quelques absurdités, comme par exemple la création de groupes d’immersion anglaise dans des secteurs à très forte concentration anglophone. Mais non! Il ne s’agit pas ici de remettre en question la légitimité d’enseigner une seconde langue à tous les jeunes du Québec, sauf que de tels projets trouveraient sans doute toute leur raison d’être en voyant le jour prioritairement dans des agglomérations comme Amos ou Dolbeau plutôt qu’à Chomedey Laval.

Le travail des différents intervenants a donc déjà commencé à faire son oeuvre. Certains ont d’ailleurs prévu le coup et entrepris leurs efforts de relations publiques depuis l’année dernière, alors que la plupart des membres de conseils d’établissement de la province en étaient encore à se familiariser avec leurs nouveaux pouvoirs, ce qui peut expliquer cet engouement marqué vers l’anglais et l’informatique, la quasi disparition de la musique dans certains cas, et l’incertitude qui plane sur l’éducation physique.

Pour le moment, on constate à l’occasion que des parents membres de conseils d’établissement semblent avoir pris une longueur d’avance dans l’élaboration du projet éducatif de leur école de quartier et imposent leurs opinions. À partir d’idées préconçues, ils ont acquis la certitude qu’un enfant bilingue réussira mieux dans la vie, que l’informatique est LE moyen de communication par excellence, etc.

On doit évidemment leur donner raison, du moins en partie. La société est en effet en constante mutation, forçant ainsi les jeunes à s’outiller pour faire face aux nouvelles réalités auxquelles ils seront confrontés. Ce n’est donc pas pour rien que le gouvernement québécois et ses partenaires tiendront en février le Sommet du Québec et de la jeunesse avec comme grands chantiers l’emploi, la formation, l’équité dans la société et l’ouverture sur le monde.

Mais où se situe l’éducation physique dans tout ça? Quelle place occupera-t-elle à l’école, dans la société?

Si des éducatrices et éducateurs physiques de partout au Québec se montrent persuasifs et insistent chaque jour pour que leur apport au développement des jeunes soit reconnu à sa juste mesure, d’autres ont déjà pris du retard en regardant simplement passer le bateau, sans réagir. Pourtant, on peut très certainement affirmer que la plupart des éducateurs physiques sont consciencieux et font un boulot tout à fait irréprochable, mais ils gardent pour eux leurs petits succès au lieu de les faire connaître à tous.

De bien vieilles croyances autour de l’éducation physique et de ses artisans courent donc toujours, de manière un peu plus isolée, il est vrai, mais tout de même! Comme le simple citoyen reste somme toute relativement peu informé de ce qui se passe réellement dans un de ces cours, ne soyons donc pas étonnés d’entendre encore de nos jours des parents parler du "professeur de gymnastique" de leur enfant, ou même les enfants eux-mêmes se demander si leur enseignant a choisi l’éducation physique "parce qu’il n’était pas bon à l’école" du temps de sa tendre jeunesse!

Ces dernières années, nous avons eu tout un travail de remise en question pédagogique à faire afin de nous adapter aux véritables besoins des adultes de demain. Le virage santé qui s’amorce en fait foi. Beaucoup toutefois reste à faire pour démystifier une bonne fois pour toute notre travail et le sérieux de notre acte professionnel aux yeux du grand public.

Il n’est pas donné à tous de faire des apparitions à la télé pour prouver le sérieux de notre démarche. Certains, très à l’aise avec le micro, comme M. Sévigny, le font cependant admirablement bien. On ne peut demander à tous de rédiger des envolées lyriques vantant les mérites de l’éducation physique puisque l’art d’écrire n’est pas inné chez tout le monde.

Cependant, une chose est sûre. Tout le monde accomplit tôt ou tard quelque chose de bien, à petite ou à grande échelle, dans son gymnase, dans sa cour d’école ou même dans le cadre d’activités parascolaires. Ce sont justement ces petits trésors d’imagination qui permettront à notre profession de tracer son unicité.

Si ces trouvailles restent à tout jamais cachées quelque part dans des classeurs ou simplement dans nos souvenirs, alors la profession risque de piétiner dans un mutisme à haut risque, pour ne pas dire suicidaire. Si au contraire chacun d’entre nous sait se faire valoir auprès de ses élèves, de leurs parents, de ses collègues, bref dans sa micro-société, alors on peut aspirer à un avenir plus que prometteur.



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