Second début

Éditorial rédigé pour le journal "Propulsion" de la FÉÉPEQ, numéro de septembre 1998

Vivement la rentrée!

L’année qui s’amorce sera celle des grands changements, un peu comme nous le disent tous les quatre ans les politiciens en début de mandat. Pourtant, de notre côté, il s’agit bel et bien d’un changement de cap puisque c’est l’essence même de notre profession qui renaît de belle façon, sous un nouveau visage.


Depuis des lunes, nous sommes les principaux artisans de la transmission du savoir technique, celui de la bonne exécution, suivant un modèle précis, ou bien celui de l’auto-découverte, à travers des situations d’apprentissage réfléchies et attrayantes. Pendant longtemps, ce fut d’ailleurs nettement suffisant grâce, entre autres, au travail colossal d’une brigade d’éducatrices et éducateurs physiques engagés qui croyaient à leur cause.

C’est ainsi que le Québec s’est doté d’outils de qualité en quantité impressionnante: une répartition de contenu provinciale, des adaptations régionales du dit document, des banques de moyens d’action et de tâches évaluatives précises. Enfin bref, un vent d’optimisme a gagné l’ensemble des intervenants qui ont soudainement eu le goût de s’impliquer et de créer du neuf pour soutenir leur enseignement.

Avouons qu’après quelques années de doute, où nous avions parfois l’impression de faire l’objet d’une remise en question perpétuelle de notre utilité dans le paysage éducatif, que notre crédibilité était questionnée, il faisait bon de constater ce regain de dynamisme dans tous les milieux. Aujourd’hui, nous sommes de nouveau confrontés à l’obligation de nous adapter aux exigences d’un tout autre contexte. Cette fois, c’est la santé de toute une société qui dicte notre remise en question.

La sédentarité, le tabagisme, les mauvaises habitudes alimentaires et posturales représentent un fléau hypothéquant particulièrement le Québec de demain. Plusieurs adolescents ont troqué leurs espadrilles pour les jeux vidéo, la télévision, les ordinateurs, sans compter tous ceux et celles qui, à la recherche d’une identité, fument pour se donner un air adulte.

Si, pour nous, la reconnaissance de notre profession doit faire l’objet d’un combat constant, il y a là de quoi concevoir un tout nouveau champ de bataille pour lequel nous sommes particulièrement bien armés. Notre expertise en matière de santé globale joue nettement en notre faveur en ce qui a trait à la prévention de problèmes de santé et à la promotion de saines habitudes de vie, on en convient facilement.

Mais après tant d’années passées à expliquer et démontrer l’exactitude du mouvement, les adaptations à l’environnement physique, les relations entre pairs et adversaires, voilà qu’un recyclage en règle s’impose pour plusieurs d’entre nous. Toutes ces notions relatives à la santé, certaines apprises à l’université, ont certes dû subir les foudres de la rouille avec le temps, particulièrement au primaire. Et ça insécurise, parce que ça implique justement... une implication de notre part!

En tant que groupe, nous devrons nous asseoir autour d’une table, discuter, échanger sur nos vécus, bâtir de toute pièce un nouveau contenu non pas destiné à devenir une étape ou une session de l’année, où l’élève acquiert un certain bagage de connaissances, mais voué à une intégration quotidienne dans notre enseignement.

Parallèlement, chacun de son côté devra user de stratégie pour presque sauver sa peau, à tout le moins pour vendre l’idée que l’éducation à la santé est primordiale dans la formation des jeunes et qu’il est l’acteur le plus apte à remplir ce rôle. Avec l’avènement des conseils d’établissement, certains joueront du coude pour faire valoir leur point de vue. Ce sera là, inévitablement, la meilleure tribune de l’éducateur physique, à la condition qu’il saisisse la perche qui lui est tendue.

Oui, cette année, c’est le moment ou jamais de façonner l’école de demain, d’intégrer l’éducation physique à chaque projet éducatif, même de faire de cette éducation physique un projet en évolution constante. C’est une question de santé pour la société, pour notre profession, même pour chacun d’entre nous, en quête d’un but personnel à accomplir et de ce petit quelque chose qui stimule le quotidien.



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