Le sapin meurtri

Texte paru dans La Presse (page A31) du jeudi 20 déc. 2012

Nous venons tout juste de placer la dernière boule dans le sapin, dans le même coin du salon que d’habitude, avec les mêmes ornements. Pourtant, j’ai beau l’examiner sous tous ses angles, humer l’odeur apaisante qui flotte dans la pièce, je le trouve moins souriant, moins majestueux que par les années passées, notre sapin. Lui non plus n’a pas tout à fait le cœur à la fête. Comme le monde autour de lui, il me paraît éméché, presque meurtri.


Chaque année, Noël est l’occasion de faire une pause et de recentrer nos valeurs familiales vers ce qui compte vraiment. C’est encore plus vrai cette fois alors que le monde entier n’en finit plus de s’automutiler. Alors oui, comme toujours, des cadeaux soigneusement emballés seront déposés au pied de l’arbre en guise de présents pour les êtres chers, mais ils ne sont rien en comparaison avec tout ce à quoi je pense présentement.

Aujourd’hui, le père de famille que je suis t’offre sa simple présence comme cadeau de Noël, du temps pour que nous puissions, ensemble, nous rouler dans la neige, construire des forts, glisser sur des pentes abruptes et oublier la manette de jeu. Je t’offre des fous rires aux repas du soir lorsque nous nous raconterons les détails de la journée. Je t’offre des discussions animées, mes histoires, mes souvenirs, mes secrets qui ont forgé l'adulte que je suis.

Je t’offre la berceuse que me fredonnait tendrement ma mère tout juste avant de me mettre au lit. Je t’offre aussi mon savoir, mes expériences, mes succès et mes échecs. Je t’offre des mots pour défendre tes idéaux avec respect et dignité, et non des armes pour détruire ce qui s’élève devant toi.

Je t’offre nos valeurs, celles de mes parents et de nos ancêtres, pour qu’elles tracent une voie qui te permettra de te réaliser. Je t’offre nos traditions, les douze coups de minuit, l’étoile à la cime du sapin, le « Bonjour! » du matin, mon sourire complice. Je t’offre ma fierté d’être, mon goût de l’effort, celui de me dépasser et mon bonheur de vivre.

Je t’offre mon respect du caractère unique de ta personnalité afin que tu puisses, toi aussi, apprécier la diversité des gens qui t’entourent. Je t’offre la lune pour qu’elle éclaire chacune de tes décisions, et le monde pour que tu t’ouvres à lui, pour que tu comprennes que la richesse des hommes se trouve loin du pouvoir, quelque part autour du cœur.

Je t’offre une porte ouverte, jour et nuit, pour toute la vie. Je t’offre mes joies, mes larmes, des câlins, une oreille attentive, une épaule pour alléger tes souffrances, parce qu’il y aura nécessairement des moments plus sombres qui ne doivent pas te faire oublier toute la beauté de la vie.

Si tu regardes bien, tu verras que le pied de mon arbre est rempli de cadeaux pour toi, rempli de mon amour immense, gratuit et indéfectible. Joyeux Noël à toi, enfant du monde. Que tous ces événements malheureux qui se succèdent maintenant n’entachent pas ta quête de paix et de justice.

Texte publié le 17 décembre 2012



Vos commentaires

"J'ai lu avec grand intérêt ton dernier article paru dans La Presse; ce qui a déclenché en moi un profond sentiment d'admiration pour ta grandeur d'âme, ta plume toujours aussi éloquente que juste. Comme je te l'ai peut-être déjà dit, le temps le plus important pour nos enfants est souvent le temps perdu avec eux à se lancer à la balle, à glisser, remonter la pente pour la vingtième fois...

"Quand on donne la vie, c'est la nôtre que l'on donne!

"Un enfant de trente ans souffre, nous souffrons avec lui comme lorsqu'il était petit. Comme le disait Lord Byron : « Le souvenir de la douleur est de la douleur encore. » Pourquoi l'inverse ne serait-il pas tout aussi vrai?

"Le sourire de l'enfant qui vient de découvrir, comprendre, réussir. C’est magique! C'est ce qui fait de notre rôle de père ou d'éducateur le plus beau et le plus grand. Jamais on ne peut se tanner de voir l'enfant qui pour la première fois laisse notre main pour faire quelques pas.

"Tu parles beaucoup de don, mais la réciprocité fait que personnellement, je me demande lequel a le plus éduqué l'autre. Sans enfant, je ne serais pas l'homme que je suis maintenant. Le cadeau de la paternité m'a transformé non seulement comme pédagogue qui d'instructeur est passé à celui qui essayait de comprendre la personnalité de l'apprenant pour mieux lui permettre de réussir « presque tout seul » ses apprentissages! La paternité m'a aussi appris l'humilité, car ce n'est pas moi qui peux apprendre. Appelons ça de la diversité pédagogique... simple à appliquer à la maison avec deux enfants, mais à trente...

"Nos enfants ont donc été des révélateurs pour nous, car quelque part ils sont partiellement notre reflet tout en étant tellement différents!

"Ton témoignage m'a ému et j'espère qu'il aidera les parents à remettre la « priorité à l'humain » comme le disait ma mère!

"Merci."


— François LÉVEILLÉ (Laval, Québec), 21 décembre 2012

Réponse de l'auteur:

Wow...

Yves POTVIN



"Je crois que cela prend un grand vécu d'humble père de famille, ou qu'il faille être un éducateur chevronné, ou être un homme doté d'une grande sensibilité pour pouvoir écrire un tel texte. Continuez ce travail nécessaire de transmetteur de valeurs "humanisantes"."

— Harold VEILLEUX (?, Québec), 21 décembre 2012, via Facebook



"Bravo Yves, il est toujours agréable de te lire... Un joyeux temps des fêtes et surtout, prends soin de toi et de tes proches... Au plaisir de te rencontrer, un ami du Bas du Fleuve qui t'admire depuis très longtemps."

— Jean-François LITALIEN (Rimouski, QC), 20 déc. 2012, via Facebook



"J'ai partagé ton texte... très beau, très touchant! Joyeux Noël Yves!"

— Chantal ROY (Laval, Québec), 20 décembre 2012, via Facebook



"Yves, quel texte extraordinaire qui démontre tes grandes qualités d'éducateur, mais aussi toute ton immense sensibilité humaine. Sans oublier cette plume magique lorsque tu la tiens dans ta main et la guide avec ton coeur.

"Merci de cette superbe réflexion et joyeux Noël en famille et avec tes proches ou lointains amis, ce en pensée."


— Jean-Claude DRAPEAU (Montréal, Québec), 19 décembre 2012



"Vraiment beau. Je te la vole."

— Janelle DESROSIERS (Rimouski, QC), 18 décembre 2012, via Facebook



"Bravo mon grand frère! J'en ai les larmes aux yeux..."

— Hélène POTVIN (Rimouski, Québec), 18 décembre 2012, via Facebook

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