En réaction à deux articles du Devoir
Pour l'éducation physique... Et pour l'enseignement des religions à l'école

Comme il en a fallu du temps pour faire comprendre à toute une population que l’éducation physique et à la santé est fondamentale dans la formation des jeunes. Des années passées à informer un public pour qui ce cours ne représentait bien souvent qu’une simple occasion de faire bouger les jeunes ou de leur enseigner les techniques du sport. Que de temps investi à promouvoir une école adaptée aux besoins réels de l’élève de développer harmonieusement ses composantes intellectuelle, sociale, affective et physique. Tout était pour nous une question d’équilibre, dans le plus grand respect des intervenants scolaires en place.

Nous y sommes presque arrivés. On sent bien, de plus en plus, un courant favorable à l’éducation physique dans la population et même auprès de la gent politique. Éduquer un enfant ou un adolescent à vivre en société implique indubitablement de sa part une prise de conscience des effets de ses habitudes de vie sur sa santé, son bien-être, sa gestion du stress, son estime de soi, etc.


Mais sous la plume de Denise Bombardier, Le Devoir nous apprend, dans son édition du 17 septembre, que « compte tenu de la piètre condition physique des élèves québécois de plus en plus sujets à l’obésité, les professeurs d'éducation physique ne trouvent rien de mieux comme solution que d'abolir les périodes d'éducation morale et religieuse à l'école pour les remplacer par des périodes de gymnastique. »

Cette chronique faisait suite à un autre article publié deux jours plus tôt dans lequel un éducateur physique proposait en effet cette alternative afin de contrer l’obésité et l’embonpoint chez les jeunes.

Comme façon de se tirer dans le pied, avouons qu’il serait difficile de trouver mieux! Partout, toujours, nous avons soutenu auprès des parents, des ordres professionnels, des municipalités et des médias québécois qu’il était tout à fait hors de question de tenir un débat autour de la pertinence de conserver ou non certaines matières pour concéder plus d’espace à l’éducation physique dans la grille horaire. C’est là une façon de procéder qui ne fait qu’entretenir, voire renforcer, les prises de position rigides, la confrontation et la crainte pour certains de perdre des « droits acquis ».

S’en prendre ainsi à l’enseignement religieux, ou à quelque autre matière, ne nous apparaît pas opportun dans le contexte actuel. Il est vrai que la société québécoise est en perpétuelle mutation. Il est vrai aussi que les pratiques religieuses des Québécoises et des Québécois s’expriment maintenant plus aisément à l’extérieur des églises, ce qui n’est pas nécessairement le cas dans le Canada anglais. Il n’en demeure pas moins que le citoyen en devenir a toujours besoin de références à partir desquelles il se forgera un système de valeurs. Si l’enseignement de LA religion semble mal s’adapter au quotidien de nos écoles, de plus en plus engagées vers le pluriculturalisme, l’enseignement DES religions permettrait néanmoins aux jeunes de mieux comprendre le monde, l’humain, ses croyances et ses conflits. Il permettrait aussi à notre jeunesse de définir sa propre spiritualité.

Devrions-nous abolir les cours d’enseignement religieux? Bien sûr que non, mais il est par contre impératif de les actualiser afin qu’ils produisent réellement les effets escomptés.

L’esprit même de la réforme scolaire que nous vivons présentement invite d’ailleurs l’élève, par ses expériences et ses apprentissages, à construire sa propre vision du monde, ce à quoi contribuerait positivement un « enseignement moral et des religions » fidèle à la réalité québécoise. Et comme l’éducation physique et à la santé ne cesse de promouvoir le respect, la tolérance, le travail en équipe et le dépassement de soi, il ne fait aucun doute à notre esprit que ces deux matières auraient tout à gagner en optant pour la synergie plutôt que l’opposition.

Pour toutes ces raisons, le Comité d’action ÉPS tient à affirmer publiquement qu’il ne souscrit à aucune argumentation visant à retirer de l’horaire l’enseignement moral et religieux des écoles du Québec, qu’elle soit émise par un regroupement officiel ou sur une base personnelle.

À ce jour, 49 villes et municipalités du Québec, et de nombreux organismes des secteurs de la santé et de l’éducation, ont appuyé les démarches du Comité d’action ÉPS visant entre autres à garantir un minimum décent d’éducation physique et à la santé pour tous les jeunes du Québec.

Texte publié le 19 septembre 2005



Vos commentaires

"Bonjour,

"Bravo pour votre article!

"Votre position prise concernant les cours d'éducation physique et les cours d'enseignement religieux me paraît très sensée. Je souscris à l'idée qu'il faut chercher à gagner plus de temps d'éducation physique pour les jeunes mais en le faisant de manière positive. Évitons de le faire sur le dos d'une autre matière scolaire. Nous n'avons rien à gagner en se divisant entre collègues.

"De plus, je crois fondamental que les valeurs spirituelles soient revalorisées dans notre système scolaire. La santé à mon avis n'est pas qu'une affaire de cardio ou de condition physique mais c'est aussi tout le reste que vous mentionnez dans votre article incluant la spiritualité. Les jeunes ressentent un certain vide par rapport à leur identité. Les valeurs spirituelles et le christianisme entre autres peuvent combler ce besoin de quête du sens de la vie. Évitons comme nous avons tendance à le faire de jeter le bébé avec l'eau sale.

"Merci!"


— Ghislain PICARD (Sherbrooke), 29 novembre 2005

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