Des précisions à propos du Régime pédagogique

Plusieurs rumeurs circulent au sujet du projet de Régime pédagogique déposé le 9 février dernier. Outre le fameux "manque de gymnases" que certains tentent d'utiliser pour justifier un quelconque refus de leur part d'allouer une deuxième heure d'ÉPS dans les écoles primaires en septembre 2006, on laisse entendre maintenant que ce sont uniquement les conseils d'établissement qui décideront d'ajouter ou non cette petite heure supplémentaire à l'horaire des établissements scolaires du Québec.


Vérification faite auprès du ministère de l'Éducation, le projet de régime pédagogique actuel reconnaît officiellement que le programme d'éducation physique et à la santé se base au primaire sur un temps d'enseignement de deux heures par semaine. Cela se confirme par le "temps réparti" de deux heures alloué à l'ÉPS dans le tableau présenté en page 3 du document ministériel.

Néanmoins, chaque conseil d'établissement dispose toujours d'un pouvoir décisionnel se limitant dans ce dossier à approuver la grille-matières proposée par la direction d'école.

À ce titre, l'article 86 de la Loi sur l'instruction publique est très clair:

"86. Le conseil d'établissement approuve le temps alloué à chaque matière obligatoire ou à option proposé par le directeur de l'école en s'assurant:

1° de l'atteinte des objectifs obligatoires et de l'acquisition des contenus obligatoires prévus dans les programmes d'études établis par le ministre;

2° (paragraphe abrogé) ;

3° du respect des règles sur la sanction des études prévues au régime pédagogique."


En bref, c'est à la direction d'école de présenter pour approbation la grille-matières et le temps alloué pour chacune de ces matières au conseil d'établissement, et non l'inverse.

Comme le nouveau régime stipule que le temps d'enseignement requis pour couvrir l'ensemble des apprentissages en éducation physique et à la santé au primaire est de deux heures par semaine, un conseil d'établissement qui refuserait de s'y conformer aurait à "documenter sa décision" en démontrant que les élèves reçoivent effectivement tous les contenus obligatoires présents dans le programme disciplinaire.

Ce temps d'enseignement reconnu et majoré d'une heure, au primaire, constitue en fait une suite logique aux nombreuses plaintes formulées par les éducateurs physiques depuis l'entrée en vigueur de la réforme de l'éducation. À cette époque, on avait en effet réduit d'une heure le temps d'enseignement en éducation physique "suggéré" par le MÉQ tout en lui greffant le volet santé.

Ces dernières années, les éducateurs physiques avaient toujours soutenu qu'il leur était tout simplement impossible de parler en profondeur de santé avec les élèves avec une toute petite période de 60 minutes par semaine, ce que le nouveau régime pédagogique confirme.

On peut cependant se demander jusqu'à quel point le MÉQ veillera à faire respecter le Régime pédagogique sur l'ensemble de son territoire. À l'heure actuelle, certaines écoles continuent d'opter pour des périodes de 45 minutes dans leur horaire alors que le temps prescrit pour TOUTES les matières — exception faite évidemment du français et de la mathématique — est de 60 minutes par semaine. En procédant ainsi, ces écoles délinquantes parviennent à privilégier une matière enseignée par un spécialiste, rarement l'éducation physique, en amputant les autres.

Concrètement, la spécialité ciblée par ces conseils d'établissement bénéficie de 90 minutes d'enseignement par semaine (30 de plus que ce que suggère le MÉQ) alors que les deux autres perdent 15 minutes par semaine — donc l'équivalent d'une période complète d'une heure par mois ou de dix périodes par année!

Outre les deux matières enseignées par des spécialistes pénalisées par les conseils d'établissement concernés, cette décision d'opter pour des périodes de 45 minutes affecte généralement du même coup d'autres matières comme science et technologie, enseignement moral, enseignement moral et religieux, et éducation à la citoyenneté.

Dans cette perspective, pour être conformes à la Loi sur l'instruction publique, il serait intéressant d'entendre ces conseils d'établissement nous expliquer comment ils peuvent garantir à leurs élèves une formation complète dans toutes ces matières avec dix périodes par année de moins que ce qui a été initialement déterminé pour chacune d'elles par le ministère de l'Éducation. Il s'agit pourtant bien d'un droit de l'élève à une formation adéquate et non d'un privilège à consentir à une quelconque matière primée par un conseil d'établissement.

Texte publié le 5 mars 2005



Vos commentaires

"Réorganiser une horaire à deux périodes semaine passe par le c.e. et par la volonté des parents. Chaque école a une logistique différente à nous de trouver une solution.

"Pour notre école la décision est de donner l'anglais par les titulaires et pour deux enseignants de participer à un cours d'éducation physique. À vous de trouver votre solution dans le respect du régime pédagogique."


— Sylvain LEGAL (Montréal), 9 novembre 2005



"Cette année j'ai obtenu trois cours de 45 minutes par semaine de cinq jours pour le 1er cycle (1ère et 2ème). J'ai donc le temps de travailler des thèmes, il y a de la suite dans mes interventions et la pédagogie par projet peut se faire facilement. Donc voilà pourquoi c'est au moins nécessaire deux fois par semaine."

— Joanne LABONTÉ (Ste-Geneviève), 27 octobre 2005

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