L'heure de la récréation est terminée

Les éducateurs physiques veulent être reconnus à leur juste titre

De la frustration. Tout simplement de la frustration.

Voilà ce que ressentent la majorité des éducateurs physiques du Québec lorsqu’ils sont confrontés au nouveau programme disciplinaire qu’ils doivent apprivoiser dans le cadre de la réforme de l’éducation amorcée dans toutes les commissions scolaires du Québec. Si le contenu est riche, tant pour les élèves que pour les enseignants, parce qu’il favorise la créativité et prône le respect de l’unicité, les moyens mis à la disposition des pédagogues, eux, sont limités et en discordance avec l’étendue de la mission éducative à remplir. On n’accorde en effet à l’éducation physique qu’une importance relative, davantage symbolique, qui se traduit par un temps d’enseignement nettement insuffisant.


Pendant des années, parce qu’ils utilisent le jeu comme principal outil pédagogique, les éducateurs physiques ont souvent en effet été considérés comme de simples animateurs, comme des gars ou des filles qui amusent les jeunes. Dans le cadre d’un cours d’éducation physique et à la santé, l’élève apprend pourtant à mieux connaître son corps, son fonctionnement, ses réactions, à utiliser ses membres en s’adaptant aux diversités de l’environnement physique et social et à intégrer dans sa vie de tous les jours de saines habitudes de vie et des pratiques d’activités physiques signifiantes.

Par son corps, l’élève prend contact avec ses camarades, exprime des sentiments, prête main forte à un partenaire et manifeste son opposition à un adversaire. Il est ainsi constamment placé en situation de résolution de problèmes, voire de conflits, et doit établir, pour élucider une situation, des stratégies seul ou en compagnie de ses pairs. Par le fait même, son corps devient son principal outil et complice dans sa quête d’un équilibre entre les composantes physique, sociale et cognitive de sa personnalité.

Même si le contenu disciplinaire est gigantesque, même si les éducateurs physiques ont acquis la certitude que la portée des apprentissages obtenus par l’élève aura une incidence majeure sur son avenir, études scientifiques à l’appui, ils doivent encore justifier leur présence et vendre leur salade auprès des conseils d’établissement. Ceux-ci, à qui l’on a fait miroiter le pouvoir de décider des matières à privilégier en fonction du projet éducatif de chaque école, doivent inévitablement faire des choix déchirants entre différentes spécialités qui ont toutes leur importance et qui revendiquent elles aussi leur place.

De la frustration. Tout simplement de la frustration.


L’ordinateur, ce nouvel ennemi

À l’extérieur du temps de classe, les jeunes sont de moins en moins actifs physiquement, c’est connu. Si les jeux extérieurs exercaient un attrait majeur auprès des jeunes d’il y a 30 ans, la génération d’aujourd’hui, elle, a vite fait de troquer les bâtons de hockey et ballons de toutes sortes pour les jeux électroniques, la télévision... et les ordinateurs.

Pour accentuer notre ouverture sur le monde, le gouvernement du Québec a même lancé une série de mesures dont celle visant à doter les familles du Québec d’un ordinateur branché à Internet. Malheureusement, tous ne ressentent pas le même engouement pour les activités d’ordre pédagogique. Ils choisissent souvent d’engloutir tous leurs temps libres ou presque à naviguer d’un site à un autre, sans intention formatrice particulière, ou à fréquenter des salles de bavardage pour y vivre des rencontres fortuites, en mentant sur leur identité, leur âge et leur lieu de résidence. Après quelques visites du monde virtuel, plusieurs de ces jeunes, des adolescents en particulier, sont déjà intoxiqués. L’ordinateur, véritable outil de formation multifonctionnel, devient un joujou privilégié pour s’investir... dans la passivité. Tout le système de valeurs du jeune subit alors une sorte de mutation qui détourne ses champs d’intérêt vers des activités vides de sens.

Nombreux sont ces jeunes séduits par la facilité et l’attrait du multimédia bas de gamme que nous cherchons à reconquérir. Inconsciemment, ils laissent fuir devant un écran leurs plus belles années auxquelles nous tentons de coller, en "documents attachés", de saines habitudes de vie. Ce sont aussi ces jeunes qui devront, selon le nouveau vocabulaire à la mode, devenir compétents à divers points de vue.

Mais à quoi bon devenir compétent si la santé fait défaut, si le système de valeurs du monde de l’éducation perd des plumes et si l’on cultive à l’école les nombrils creux? Réformer l’éducation devrait d’abord servir à ériger une charpente solide sans le faire au détriment du domaine le plus naturel, globalisant et énergisant qui soit pour tout être humain, l’activité physique.



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