Pas le temps pour mon enfant!

Texte paru dans LaPresse.ca le dimanche 4 décembre 2011

C’était récemment la grande soirée de rencontres parents-enseignants dans les écoles du Québec. Si l’exercice se voulait une excellente occasion de relancer un début d’année cahoteux pour quelques élèves, il a aussi permis — hélas! — de mettre en évidence le manque d’intérêt de certains parents pour le quotidien de leur enfant.


On a commenté le parcours de l’élève, on a questionné le suivi à la maison, et puis la réponse finale, cruelle, tellement lourde de sens, est venue comme une gifle : « Je n’ai pas le temps pour ça! »

Pas le temps pour la marche de santé après le souper, pas le temps pour jouer au ballon avec fiston, pas le temps pour les devoirs au petit soir. Pas le temps de bavarder, d’écouter, de cajoler. Pas le temps, pas le temps, pas le temps. La gardienne, le grand frère, la grand-mère, peut-être même le Xbox, sauront bien prendre la relève. Pas le temps, tout simplement, d’être parent.

Avoir un enfant, c’est assurer son éducation, lui transmettre des valeurs, faire des sacrifices et accepter des responsabilités. Être parent constitue certainement le plus important contrat à long terme qui soit, un contrat pour toute la vie mais qui génère son lot de petits bonheurs.

Si on n’a pas de temps à offrir à son enfant, c’est qu’on consacre ce temps à autre chose, à d’autres « priorités ». Entre le travail, les loisirs, le travail, les amis et le travail, il y a très certainement des petits yeux qui observent la scène en silence, parfois en souffrance, et qui n’attendent pourtant que la première occasion de s’ébahir devant l’adulte le plus important au monde.

Parce que c’est justement à ce niveau que se situe le problème. Pour s’épanouir, un enfant a besoin de modèles positifs parmi ses proches. Si la chanteuse pop ou le joueur de hockey peut contribuer à entretenir le rêve, c’est l’image forte d’une mère ou d’un père impliqué dans sa vie qui lui permettra de forger sa propre identité. La maman qui comprend tout, le papa qui sait tout, le parent sportif, l’adulte qui sécurise; les exemples ne manquent pas pour démontrer toute l’importance pour un enfant d’évoluer dans un environnement stable où l’exemple qui le précède est le bon.

Mais encore faut-il que l’enfant ait le temps de profiter de cet exemple. S’il doit courir derrière son parent qui le ramène à la maison en quittant le service de garde, si son aire de jeu se limite à sa chambre à coucher, si ses devoirs sont uniquement l’affaire de son enseignante et si la plupart de ses conversations sont de nature virtuelle, c’est que l’adulte toujours dépassé, qui court devant, a lui-même perdu ses repères. Tôt ou tard, quelqu’un va trébucher.

Dans quelques semaines, cela n’empêchera personne de souhaiter à ses parents et amis une bonne année. Tous prendront la résolution de cesser de fumer, de perdre du poids, de faire plus d’exercice. Chacun aura sa petite pensée pour un être cher disparu au cours des derniers mois. Et cette fois, y aura-t-il enfin une place pour ces enfants avec qui on n’a pas le temps de faire quoi que ce soit?

Texte publié le 25 novembre 2011



Vos commentaires

"Un ami nous (collectif des retraités de la FÉÉPEQ) a fait parvenir le message que tu as adressé à La Presse et qui est paru sur leur site.

Comme grand-mère et éducatrice physique, je suis très heureuse que tu aies mis ce sujet sur la table, merci pour ton engagement social..."


— Yvette GENET-VOLET (Montréal, Québec), 8 décembre 2011



"Bravo pour le succès de ton article dans le cyber espace. C’est un sujet intéressant et c’est le fun de constater que les internautes ont le temps, eux, de lire des articles dits intelligents.

Mais comme j’ai «Pas le temps» je m’arrête là et te félicite encore pour ton implication comme prof consciencieux et comme penseur social."


— Jean-Pierre GAGNON (Sainte-Luce, Québec), 7 décembre 2011



"Toujours aussi perspicace et très lucide. Tu as bien décrit la vie à la course choisie par de nombreuses familles. C'est leur choix. Personne ne les contraint à se soumettre à autant d'obligations.

Dans cette course folle, le parent oublie parfois sa première obligation de responsabilité parentale qui devance toute obligation ajoutée en activités. Être parent, c'est la plus belle responsabilité; c'est donner du temps, de l'amour, des valeurs, bref, être un modèle... Toute une tâche mais combien inestimable!"


— Denise LEGAULT (Laval, Québec), 7 décembre 2011



"Bravo de ton article ; dans le contexte du décès de Marjorie Raymond, ça prend un sens encore plus déterminant.

Je ne vais pas sur les réseaux sociaux, mais j'imagine que les commentaires sont extras."


— Jean-Claude DRAPEAU (Montréal, Québec), 6 décembre 2011



M. Potvin,

Je viens de lire votre opinion dans la presse "pas le temps pour mon enfant". Comme c'est facile pour qqun qui a 2mois et demi de vacances par annee et qui fini quotidiennement a 15h-15h30 de commenter. Voyez vous M. Potvin, evidemment il faut dedie plus de temps a nos enfants, personne n'est contre la vertu comme on dit, mais dans le monde non-syndique des non-enseignants, si on veut un job, les heures de travail augmentent de plus en plus et les realites economiques font que les 2 parents doivent travailler. Votre article aurait du s'intituler "pourquoi on devrait choisir la profession d'enseignant' parce que du haut de votre pied d'estale moral, l'enseignant est parmi le seul qui aille un horaire 'humain'. Arretez donc de jugez 'ca n'a pas de bon sens ce que les parents d'aujourd'hui font a leurs enfants' et apportez donc des solutions a la place. parce que votre petit monde parfait de plus de temps aux enfants se heurte a la realite que tout non-enseignant, ou une personn e avec un travail dans le 'vrai monde' vit. votre sagesse a ete d'avoir etudie en education physique... Allez, je vous laisse, je ne veux pas prendre plus que 10 minutes de vos 35 heures de temps libres de la semaine...


— Tony SOPRITI (Montréal, Québec), 4 décembre 2011

Réponse de l'auteur:

Du haut de mon piédestal, je vais tout de même oser une brève réplique.

Si vous êtes de ces parents qui, malgré des horaires de travail impossibles, arrivent tout de même à accorder du temps de qualité à leurs enfants tout en parlant d'eux sans utiliser le "ça", mon texte ne vous est pas du tout destiné. Je pourrais d'ailleurs vous présenter de nombreux parents qui y arrivent fort bien même s'ils font autre chose qu'enseigner.

Je vous donne raison sur un point: j'ai vraiment opté pour le bon boulot lorsque j'ai choisi l'éducation physique.

Cordialement,


Yves POTVIN



"Tellement vrai!"

— Alexandre LACHAPELLE (Laval, Québec), 25 nov. 2011, via Facebook

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