Oser!

Une attitude passive nuit à notre profession

Depuis l'arrivée de La bande sportive sur le Web, on constate que la mise sur pied d'un véritable site à vocation pédagogique s'imposait et que sa venue ne fait que répondre à un besoin de bon nombre de pédagogues. Dès son lancement, quelque 1000 visiteurs accédaient en moyenne chaque mois aux différentes pages du site, en particulier dans les sections Pédago et Intello. La demande est là: il faut se ressourcer, se questionner pour mieux planifier... et partager. Mais quoi partager au juste? Nos connaissances, nos expériences, nos craintes, nos succès? Un peu de tout ça, sans doute. Mais au fait, le fait-on vraiment?


Comme nous le disions déjà dans d'autres textes de la présente section, en particulier en parlant des problèmes d'image de l'éducation physique, nous ne pouvons pas rester passifs devant l'évolution de notre profession et des intervenants qui exercent une certaine influence, pour ne pas dire un contrôle sur celle-ci.

À prime abord, c'est dans nos milieux respectifs que la qualité de nos interventions et le sérieux de l'encadrement éducatif, dont nous sommes les instigateurs, généreront des dividendes. Rapidement, nos élèves sauront acquérir des valeurs et habitudes de vie saines, leurs parents constateront le sérieux de notre mandat et la nécessité d'une éducation physique régulière, et nos collègues enseignants nous percevront autrement que sous le costume d'amuseurs publics.

Cependant, bien au delà de notre petit monde immédiat, dans des sphères d'activités parfois plus politiques que pédagogiques, la mobilisation des troupes se fait très ardue, pour ne pas dire boiteuse. L'adhésion de nouveaux membres à la FÉÉPEQ (Fédération des éducatrices et éducateurs physiques enseignants du Québec) en est un exemple frappant. Alors que ce regroupement professionnel multiplie les représentations et dépose régulièrement des dossiers solides à l'appui des revendications (légitimes, vous en conviendrez) de ses membres, il y a encore relativement peu d'éducateurs physiques du Québec qui ont choisi de devenir membres, pour diverses raisons personnelles.

À ce qu'on rapporte, le membership est particulièrement faible chez nos confrères et consoeurs des secteurs collégial et universitaire, et évidemment aussi chez les étudiants en éducation physique. Un non-sens.

Nous devons nous y résigner: rien n'est acquis sur le plan politique pour l'éducation physique. La FÉÉPEQ, pour véritablement prétendre être représentative de ce corps enseignant, doit d'abord se sentir appuyée des gens qu'elle représente pour ensuite faire face aux dirigeants gouvernementaux avec un certain poids politique.

Prendre place sur la tribune

D'un point de vue plus régional, on remarque aussi que les divers colloques et perfectionnements offerts aux éducateurs physiques attirent généralement les mêmes individus, tandis que d'autres restent à la maison. Que ses absences soient dûes à un manque d'intérêt ou simplement à des concours de circonstance, il n'en demeure pas moins qu'il y a encore là un fort pourcentage d'enseignants à mobiliser pour raviver encore un peu plus notre profession.

De plus, si vous êtes de ceux qui fréquentent régulièrement les divers congrès de perfectionnement offerts de temps à autres au Québec, vous avez sans doute remarqué que plusieurs animateurs sont "dans le circuit" depuis des lunes.

Il n'y a bien sûr pas lieu ici de critiquer qui que ce soit de ne pas se présenter à de telles journées mais force est d'admettre que nous avons besoin de pouvoir échanger sur nos vécus, de partager les fruits de nos expériences.

"Les absents ont toujours tort", dit-on. C'est peut-être un peu vrai dans ce cas, puisque l'apport de tous et chacun dans tout ce processus de ressourcement n'aurait que des effets positifs sur les enseignants.

Imaginez, vous organisez, dans un élan soudain, une rencontre pédagogique informelle au cours de laquelle vous souhaitez voir vos collègues, de votre propre commission scolaire, échanger des idées sur des façons d'aborder le thème expression avec des élèves de 6ième année... Avec joie, vous constatez que les 25 enseignants que vous n'avez pratiquement jamais l'occasion de rencontrer sont là, tout souriants, prêts à faire part de leurs trouvailles, de leurs échecs, dans le seul dessein d'en ressortir avec une banque considérable de nouveaux outils à expérimenter dès le lendemain. Quel plaisir vous ressentez alors, et quelle belle façon de promouvoir une éducation physique de qualité auprès de tous vos collègues!

La peur du ridicule

Malheureusement, trop souvent, notre premier réflexe est d'avoir peur, la peur d'être jugé, comparé, dénigré, à un tel point que le réflexe de certains sera de préférer l'isolement à la mise en commun.

La bande sportive en est d'ailleurs un exemple vivant. Depuis environ trois semaines avant le congé des fêtes (1997), l'invitation a été lancée à tous nos lecteurs de devenir de fiers collaborateurs de ce site en décrivant, en quelques lignes, un outil, une activité qui a su répondre aux intentions pédagogiques de son auteur et aux désirs de ses élèves. Avec les 1000 visiteurs reçus chaque mois, il y avait fort à parier qu'une véritable mine d'activités risquait de voir rapidement le jour.

La réponse de nos lecteurs n'a fait que renforcer encore un peu le sujet du présent article: aucun de ceux-ci ne s'est encore manifesté, si ce n'est que deux enseignants nous ont fait part de leur intention de collaborer "dans le futur" à cette initiative. C'est une déception, bien entendu, mais qui ne fait que raviver encore plus notre volonté de brasser la baraque, au risque de déranger, voire choquer quelque peu. N'allez surtout pas croire qu'il s'agisse pour nous d'une façon de confesser notre frustation puisqu'il n'en est rien. Disons pour l'instant qu'un beau bouquet de mariée a été lancé dans les airs mais que personne encore n'a osé l'attraper, de peur d'être séduit!

Et ce bouquet, il n'attend qu'à être saisi fermement!

Oser s'impliquer dans l'avancement de l'éducation physique, c'est d'être conscient que la FÉÉPEQ ne pourra à elle seule parvenir à ses fins, qu'en plus de nos élèves, de leurs parents, des enseignants de notre milieu, nous pouvons aussi agir pour aider et influencer avantageusement nos consoeurs et confrères éducateurs physiques, les faire profiter de notre expérience, si minime soit-elle.

Cessons donc de craindre les jugements et d'adopter une attitude passive en regard de notre profession et devenons actifs, un peu à l'image des spécialistes du mouvement que nous sommes.



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