La santé... Mon oeil!
Les jeunes passent une fois de plus aux oubliettes

Les élèves sont partis ; les profs aussi. « Vivement les vacances ! » serions-nous tentés de clamer en ce début d’été.

Pourtant, l’heure n’est pas tout à fait à la fête, loin de là. La belle euphorie de l’hiver dernier, alors que nos décideurs nous promettaient du temps, enfin du temps à l’école, pour la santé de nos enfants et adolescents, semble révolue. Le sujet lui-même qui, à l’époque, paraissait incontournable, a de toute évidence été rangé aux oubliettes. Quel  gâchis.


La télé, les journaux, nous bombardent maintenant, presque exclusivement, de projets de défusion, de remise en question des garderies à cinq dollars, des problèmes personnels d’un athlète professionnel, d’un litige opposant les employés d’un brasserie réputée à leur employeur. Bref, l’accent — aigu — est de nouveau mis sur les sensations fortes, les scandales, les guerres de clochers. Pendant ce temps, dans nos écoles, dans les parcs et les ruelles, nos jeunes abandonnent toujours, de plus en plus, leurs pratiques d’activités physiques. Les nombrils se creusent, les tours de taille prennent de l’assurance, le simple goût de l’effort physique courbe l’échine. Il n’y a plus de temps à perdre avec une jeunesse abandonnée par la politique, des maires rêvent de récupérer LEUR ville. Et ça ne peut attendre.

À la mi-juin, la « Fédération des médecins omnipraticiens du Québec » et la « Fédération des comités de parents du Québec » accordaient pourtant leur appui au Comité d’action ÉPS pour exiger du gouvernement Charest le maintien des deux heures hebdomadaires d’éducation physique et à la santé annoncées par le gouvernement précédent pour septembre 2004. Comme l’annonce ne constituait sans doute pas une nouvelle potentiellement croustillante, celle-ci est morte dans son œuf, dans le mutisme le plus strict. Mais il y avait là, d’un simple point de vue social, matière à ébranler sérieusement les fondements mêmes de la plate-forme électorale des libéraux de Jean Charest.

Pendant toute sa campagne, le premier ministre s’est en effet époumoné à promettre un « gouvernement de la santé » aux Québécoises et Québécois. Or, dans une lettre qu’il nous adressait en appui à nos démarches, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens, le docteur Renald Dutil, précisait justement que « les médecins omnipraticiens constatent de plus en plus l’émergence de certains problèmes qui démontrent que la condition physique de nos jeunes est loin d’être optimale. Ces problèmes découlent notamment de mauvaises habitudes alimentaires et du peu de temps accordé par ces jeunes à l’exercice physique. Il est évident que les solutions à ces problèmes sont d’abord préventives et exigent une éducation à de meilleures habitudes de vie et un temps supérieur accordé aux exercices physiques. »

M. Charest avait aussi promis de former le « gouvernement de tous les Québécois », ce qui n’a pas empêché la présidente de la Fédération des comités de parents, Mme Diane Miron, d’affirmer que « l’activité physique à l’école où nos jeunes passent la majorité de leur temps, ne cesse de régresser : le temps consacré à l’éducation physique diminue, l’organisation des sports est peu présente , l’encadrement actif des récréations fait défaut quand ces dernières ne sont pas écourtées ou tout simplement abolies, le temps de classe est compressé… et les jeunes sont retournés à la maison tôt en après-midi. »

Quand les médecins de famille du Québec — qui devraient en principe être des alliés naturels du gouvernement — considèrent que les jeunes sont en carence formative en matière de santé et prennent soin de l’affirmer publiquement, c’est là un signe que les mesures entreprises pour instaurer une véritable culture de la santé au Québec sont incomplètes.

Quand les représentants des parents du Québec disent à leur gouvernement que l’intérêt même de leurs enfants s’est perdu dans un programme débranché du quotidien vécu par les familles, c’est un signal évident qu’ils se sentent mis à l’écart.

Notre « gouvernement de la santé, pour tous les Québécois » navigue donc pratiquement seul et en eau trouble. À cet égard, il est difficile de comprendre ce qui le motive à tout remettre en question, même lorsque les annonces du gouvernement précédent répondaient à une volonté commune de tous les citoyens et groupes de pression et ne coûteraient rien de plus aux contribuables. Le ministre de l’Éducation a en effet annoncé sa décision d’augmenter de toute façon le temps de classe d’une heure et demie par semaine, ce qui devrait normalement permettre de garantir les deux heures d’éducation physique promises sous le règne péquiste. Toutefois, depuis la dernière élection provinciale, le ministre se garde bien d’aborder la question, même qu’il ne répond tout simplement pas à nos multiples demandes de rendez-vous.

Il y a pourtant un peu plus d’un an, le critique libéral en matière de santé de l’époque, M. Jean-Marc Fournier, s’attaquait énergiquement à la décision du gouvernement péquiste de limiter à une seule heure le temps alloué à l’enseignement de l’éducation physique dans les écoles du Québec dans le cadre d’un débat à l’Assemblée nationale. Le 23 mai dernier, lors d’un entretien téléphonique, l’attaché politique du nouveau ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir nous annonçait cependant que M. Fournier « recherche des solutions pour contrer les effets de la sédentarité chez les jeunes. »

Encore une fois, on réfléchit, on étudie, on consulte, on se penche sur la question. Que de pertes de temps.

Mais à force de se pencher ainsi sur la question, on finit parfois par tomber à la renverse. Et les jeunes du Québec n’ont pas à se laisser entraîner dans les culbutes du gouvernement en matière de santé.

Il y a quelques jours à peine, à la fin de son dernier cours d’éducation physique de l’année, une fillette de 9 ans me demandait si je serais de retour à l’école l’an prochain.

« Bien sûr que j’y serai », lui répondis-je, un peu étonné par la question.
« Et dans deux ans, lorsque nous serons en cinquième année, nous aurons deux heures d’éducation physique par semaine à passer ensemble ! »

J’ai hésité avant de répondre. Par souci professionnel, et parce qu’on ne fait pas de politique avec des enfants, je me suis contenté de dire que je le souhaitais beaucoup moi aussi. Mais les enfants sont néanmoins les vraies victimes de cette politique aveugle, ou plutôt aveuglée par une conception boiteuse de l’éducation.

Manifestement, personne dans ce groupe d’élèves n’avait réalisé que l’élection d’un nouveau gouvernement à Québec avait sensiblement modifié la donne quant à la place que risque d’occuper la santé des jeunes dans l’échiquier politique. C’est d’ailleurs aussi le cas chez bon nombre de parents.

À Québec, notre nouvelle garde dévoile peu à peu son jeu mais ses règles ne nous donnent pas vraiment satisfaction. Bien au contraire, nous avons nettement l’impression, plus le temps passe, que les serpents et les échelles nous ramènent indubitablement à la case départ.

Bonnes vacances quand même!

Texte publié le 1er juillet 2003



Vos commentaires

Bonjour et bravo pour votre acticle! Eh oui, nous nous sommes fait avoir avec ce "nouveau gouvernement santé". C'est vraiment déprimant tout ça... C'est difficile d'être motivé pour la rentrée scolaire.

Joanne JOHNSTON
École Dollard-des-Ormeaux (primaire/secondaire)
Base militaire de Valcartier/Québec
20 août 2003

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