Quand les Jeux et l'éducation ne font pas bon ménage

Une histoire de drogue banalisée qui n'a pourtant rien de banal...

Une farce!

Ce doit être une farce! Il n'y a pas d'autres solutions!

Le 11 février 1998, un spécialiste canadien de la planche à neige, un certain Russ Quelque-Chose, récipiendaire d'une médaille d'or à Nagano, a été testé positif lors d'un dépistage de substances interdites. Il aurait consommé de la marijuana, en tout cas suffisamment pour dépasser la quantité tolérée par les autorités olympiques. Le beau blondinet, fort talentueux il faut l'avouer, se promène pourtant toujours avec son étincelante médaille autour du cou grâce à des pirouettes légales. À nous maintenant de trouver une explication logique à servir à nos élèves sceptiques.


La nouvelle a pris un peu tout le monde par surprise. Jusque là, il s'agissait de la seule médaille d'or récoltée par la délégation canadienne à Nagano. Avec une habileté déconcertante, le planchiste avait dévalé la pente presque avec grâce, ralliant technique et vitesse avec aisance.

Puis vint le coup de théâtre; il est testé positif! On menace alors de lui retirer sa belle médaille, fierté d'un pays tout entier. La mission canadienne proteste et va en appel de la décision du CIO. Par surcroît, il risque un emprisonnement de cinq ans puisque la possession de drogue au Japon n'est pas très bien acceptée dans les moeurs.

Que pourrons-nous raconter à nos élèves à ce sujet...

Renversement

Puis, autre coup de théâtre! À la demande de la mission canadienne, devant un jury mandaté pour étudier la situation d'un point de vue strictement légal, la décision est renversée. Le jeune homme conservera sa médaille et l'honneur qui l'accompagne. Comme la fédération internationale de ski n'avait pas de règles strictes en matière de dopage sportif, il n'était pas légal de procéder au dépistage sur le jeune homme. Et puisque les tests sanguins n'étaient pas légaux, les autorités policières perdaient ainsi toute preuve pouvant mener l'athlète derrière les barreaux.

Que pourrons-nous raconter à nos élèves à ce sujet...

À Ottawa, la ministre du sport amateur, Madame Sheela Copps, s'est dite heureuse de voir l'athlète conserver sa médaille... tout en craignant que cette désision ne ravive le débat en faveur de la légalisation de la marijuana au Canada! Quel ridicule. Quel drôle de raisonnement.

En fait, il est plus que probable qu'un athlète n'ait aucun avantage à consommer de la marijuana avant une descente en planche à neige. On peut même supposer que l'effet contraire risque davantage de se produire. Mais d'un point de vue moral, la joie apparente de Madame Copps et de tous les autres Canadiens qui pavoisent est questionnable.

Que pourrons-nous raconter à nos élèves à ce sujet...

Et nos jeunes?

Au début de chaque Jeux, durant l'ouverture officielle, un athlète, au nom de tous ses confrères et consoeurs, prête serment d'intégrité à l'égard des valeurs d'esprit sportif, du respect des règles, des individus, etc. En se présentant au sein d'une délégation officielle représentant un pays tout entier, il incarne une responsabilité qui déborde de beaucoup la simple représentation sportive.

Des millions de jeunes et moins jeunes sont rivés à l'écran de télé, admirent leurs prouesses, rêvent de devenir beaux et grands comme eux plus tard. Ils scruptent à la loupe toutes leurs performances, leurs déclarations, leurs progrès. Ils en font, du moins pendant deux semaines, des modèles de vie, des exemples de courage et de ténacité à suivre.

Quand un athlète décide de consommer de la drogue, qu'elle soit considérée dangeureuse ou non, c'est toute une nation qu'il déçoit, c'est le mouvement olympique qu'il insulte.

Que pourrons-nous raconter à nos élèves à ce sujet...

Il n'y a pas lieu ici de se demander si la marijuana est une menace pour notre société. Il n'est pas non plus de circonstance d'amoindrir les effets qu'auront sur nos jeunes cette décision purement légale. Il s'agit bien d'une drogue, qui ne permet pas d'en tirer un quelconque avantage dans un cadre sportif, c'est vrai. Mais c'est tout de même une drogue.

Il n'y a pas une journée de l'année où nous, éducateurs physiques, n'avons pas à intervenir en faveur de bonnes habitudes de vie auprès de nos élèves. Continuellement, nous parlons des effets néfastes d'une mauvaise alimentation et de l'usage du tabac sur la santé. Que dire alors de la marijuana?

Statistiquement, la plupart des consommateurs réguliers de drogues fortes se sont d'abord initiés au monde parallèle en fumant un joint. Logiquement, le contraire aurait été fort étonnant, avouons-le. En ce sens, la décision de remettre la fameuse médaille à l'athlète, bien que reposant sur des points légaux, ne tient pas debout dans une société qui cherche à raviver, pour ne pas dire "purifier", sa jeunesse, société de demain.

Que pourrons-nous raconter à nos élèves à ce sujet...

Tiens! Et si on les écoutait un peu, si on les laissait parler. Peut-être nous surprendront-il par une plus grande logique que celle des politiciens...




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