Méforme physique des jeunes:
On s'en fiche!

Texte rédigé en réaction à un dossier paru dans le quotidien La Presse du mercredi 28 avril 2010, en pages A2 et A3

Les jeunes Canadiens et Québécois sont dans une forme physique lamentable. Selon une (autre) étude dont faisait état La Presse, dans son édition du 28 avril, notre jeunesse donne l’impression d’être branchée sur un respirateur automatique tellement les mauvaises notes fusent : niveau d’engagement physique insuffisant, adhésion massive à des activités de loisir passif, transport actif vers l’école à la baisse. Mais a-t-on vraiment envie d’entendre parler de tout ça? Pas vraiment, même que dans le fond, on s’en fiche!


Au box des accusés, encore et toujours, les manettes de jeu vidéo, ce à quoi on pourrait ajouter les lecteurs DVD et les baladeurs MP3. Facile. Faire porter le blâme sur des « bébelles » de plastique ne nous menace guère. On se réfugie derrière quelques branches de céleri et des émissions de bouffe santé à la télé, et on retire les patates frites des écoles. C’est bien assez. Le citoyen moyen a largement fait sa part!

« Dans mon temps, à mon retour de l’école, ma mère me servait une bonne beurrée de beurre d’arachide et un verre de lait, puis j’allais jouer dehors jusqu’à six heures! C’est dommage de voir à quel point les jeunes sont devenus paresseux. » Quel adulte n’a jamais parlé ainsi au cours des dix dernières années?

Qu’on se le dise, les jeunes ne sont coupables de rien. Ils sont simplement les victimes de notre dédain envers l’effort physique, de plus en plus ancré dans nos habitudes de vie. Suer à grosses gouttes n’a plus rien de « cool ». C’est beaucoup plus pratique de garer fiston devant une console de jeu que de s’habiller chaudement et de chausser ses espadrilles.

Pourrait-on alors, au moins, faire porter le blâme sur les épaules de nos élus? Pas vraiment, ou du moins pas tout le temps. Après tout, n’a-t-on pas le gouvernement qu’on mérite? Si l’on n’exige rien de sa part, on n’aura rien. À cet effet, l’étude révèle que le Manitoba est la seule province canadienne ayant pris soin de déterminer des exigences quotidiennes d’éducation physique à l’école jusqu’à la fin du secondaire. Quand on voit tout le pataugeage autour de l’application de deux petites heures d’éducation physique hebdomadaires dans les seules écoles primaires du Québec, on se doute bien que l’effort physique n’a rien de « cool » non plus au gouvernement.

Nous sommes donc prisonniers de notre propre piège. Nous nous sommes endormis. Collectivement, nous aurions grand besoin d’être confrontés à un coup d’éclat, une taxe à l’embonpoint par exemple : « Monsieur Untel, Madame Tout-le-Monde, pour chaque kilo en trop porté à votre tour de taille dont vous serez reconnus coupables, le fisc percevra une taxe de 10.00$ à même vos impôts. »

Cette fois, plus de doute possible. Le Québec tout entier réagirait! Les lignes ouvertes ne dérougiraient plus, les syndicats marcheraient dans les rues, les centres de conditionnement physique feraient des affaires d’or et le Marathon de Montréal devrait refuser des participants!

Comme l’application d’une telle mesure semble improbable, cette réaction en masse a peu de chance de voir le jour. C’est pourquoi il y aura toujours des études démontrant que le citoyen moyen du Québec risque de devenir une personne aux connaissances infinies, « compétente », soudée à son téléphone portatif, contrôlant son univers d’un ordinateur déposé sur ses cuisses… et allongée sur un lit d’hôpital.

Texte publié le 29 avril 2010



Vos commentaires

"Yves, je suis tout à fait en accord avec ton article. La technologie ne peut porter à elle seule le poids de l'échec des jeunes face à la pratique de l'activité physique. La technologie influence, mais elle ne décide pas; les adultes eux décident et les jeunes, bien sûr.

"La balle est donc dans le camp des humains, mais non pas tant individuellement que collectivement et c'est là que le bât blesse.

"Commençons par nous regarder, nous les éducatrices et éducateurs physiques qui avons à être de la première ligne. Quel poids politique avons-nous collectivement, actuellement au Québec? Pas assez, selon moi, et ce, même s'ils se réalisent de merveilleuses implications et actions par différents profs d'édu. Mais, il faut plus faire ensemble et à plus de membres impliqués dans leur fédération régionale et dans la FÉÉPEQ afin de rendre celle-ci encore plus forte et plus dynamique."


— Jean-Claude DRAPEAU (Montréal, Québec), 8 mai 2010

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