Le mandat qui nous incombe et celui qu'on s'impose

Est-il possible de rallier les deux dans la cohérence?

On ne fait pas nécessairement la distinction entre les deux mandats.

Il arrive souvent qu'on enseigne consciencieusement, soit, mais sans vraiment chercher à faire davantage que ce qui nous est demandé. Et cela ne suffit pas pour être vraiment professionnel, inspiré et entier.


Lorsqu'on est à l'emploi d'une école ou d'une commission scolaire, l'employeur s'attend de voir ses enseignants s'acquitter de leur tâche avec tout le sérieux qui s'impose. Les élèves doivent en effet pouvoir suivre des cours d'éducation physique structurés, dans un cadre sécuritaire, tout en étant notés convenablement, suivant des tâches évaluatives sérieuses aidant à porter un jugement des acquis de chaque élève. Néanmoins, sur le plan de la sécurité des lieux, notons que quelques employeurs se montrent eux-mêmes parfois négligents sur ce point, préférant attendre qu'un accident survienne avant de modifier de quelque façon que ce soit le cadre physique utilisé.

Par contre, avec le temps, il est permis de douter de la motivation d'un enseignant qui se contenterait de simplement rencontrer ces exigences sans réfléchir davantage sur la portée de ses actes. Dans le cadre même de nos programmes d'études, on parle constamment d'objectifs à atteindre, de buts à partir desquels sont bâtis nos scénarios d'apprentissage. Sans une cible précise à toucher, sans cet élément conducteur constamment en vue, l'enseignement devient illogique, sans fondements, et ses résultats approximatifs.

Nous avons donc besoin d'une motivation intrinsèque, laquelle mérite une réflexion particulière du point de vue de notre philosophie de l'enseignement, de l'éducation physique en particulier, et de notre système de valeurs.


Un objectif personnel comme un but dans la vie

Plusieurs personnes sont ainsi faites, elles ont besoin, pour avoir le sentiment de réussir dans la vie, pour être satisfaites de leur évolution personnelle, de se fixer un certain objectif à atteindre. On accepte de faire régulièrement du temps supplémentaire pour pouvoir se payer le voyage familial tant espéré, on n'hésite pas à mettre de l'argent de côté, au risque de devoir se priver soi-même, pour s'assurer de payer des études convenables à nos enfants, etc. Il en est de même en enseignement.

On raconte souvent, avec raison, que l'éducateur physique enseignant, au primaire en particulier, est perçu par ses élèves comme l'un des acteurs principaux dans son milieu. Ce constat est évidemment lié à la matière qu'il enseigne, toujours fort populaire, mais aussi en raison du dynamisme qu'il dégage, voire un charisme.

En effet, il n'est pas rare de voir l'enseignant en éducation physique s'impliquer dans une multitude de projets dans son milieu, souvent dans des contextes très éloignés de ses fonctions habituelles: conseil d'établissement, application pédagogique de l'ordinateur (!), élaboration d'un code de vie, etc. Il a le nez partout, et peut réussir partout!

C'est ce qu'on appelle de la polyvalence!

Et comme il peut réussir si bien de par son sens de l'organisation naturel, il n'est pas étonnant de remarquer que plusieurs éducateurs physiques terminent leur carrière à la direction d'une école! Voilà pour les fleurs!

Il en va de même en ce qui concerne la profession. Chacun a été engagé pour enseigner l'éducation physique et s'acquitter de toutes les tâches qui en découlent, au même titre que tout autre enseignant d'un champ de spécialisation différent. On lui demande de planifier, évaluer, noter, surveiller, comme le font tous ses collègues de travail, mais est-ce suffisant?


Dans le quotidien

Notre but dans la vie nous permet de donner un sens à notre quotidien. Il nous aide à tout mettre en oeuvre afin que ce quotidien ne devienne pas une routine. C'est la même situation pour nous, spécialistes.

Avant d'être de bons enseignants, nous sommes d'abord et avant tout des éducateurs physiques. Un peu à l'image des apôtres, nous sommes porteurs d'une mission qui déborde beaucoup du simple cadre de l'enseignement. Nous avons été formés pour donner le goût aux différentes clientèles visées de bouger, d'être actif, de faire du sport, d'intégrer l'activité physique et la santé à leur quotidien.

Oui, nous avons le mandat de bien planifier, enseigner et évaluer. Oui, nous sommes tenus de nous conformer aux exigences de nos employeurs respectifs. Mais nous avons aussi à questionner notre optique de l'enseignement, de chercher notre objectif personnel.

Si nous nous contentons de planifier, enseigner et évaluer, ce qui est déjà beaucoup diront plusieurs, il n'est pas certain que nous aurons semé le goût de poursuivre chez nos élèves lorsqu'ils quitteront l'école.

Des exemples

Récemment, lors d'une discussion dans la salle de bavardage Pédago, quelques confrères tentaient d'établir avec précision le mandat des éducateurs physiques en général. L'un d'entre eux se sentait à l'aise avec l'idée de placer ses élèves dans des contextes de compétition tandis qu'un autre était farouchement opposé à cette idée.

Le point de vue de La bande sportive à ce sujet est très clair: la notion brupte de compétition n'est pas du ressort de l'éducateur physique enseignant mais bien des entraîneurs sportifs, par exemple au cours d'activités parascolaires.

Lorsqu'il s'agit d'une activité d'enseignement, dans le cadre d'un cours régulier prévu à la grille horaire de l'école, l'éducateur physique doit rechercher l'intérêt de tous en prenant les stratégies et les moyens qui s'imposent.

Au contraire, en donnant de l'importance aux pointages, à la formation des équipes (nommer des chefs, conserver les mêmes équipes sur un laps de temps donné, etc.), il détourne, peut-être malgré lui, l'attention de ses élèves vers le résultat du match et non vers les objectifs d'apprentissage.

Pire! Il donne de l'importance à la performance de chaque individu sur le plancher. Les jeunes vont donc chercher à choisir "les meilleurs", d'abord, au détriment de ceux qui sont toujours les plus faibles. Il est d'ailleurs facile d'imaginer la physionomie du petit Édouard, toujours "choisi" en dernier, assis tout seul au centre du gymnase, en attente que quelqu'un concède finalement à lui faire signe tout en lui lançant son dossard en plein visage.

Du mépris, tout près du mépris.

Bien sûr, certains diront que la compétition est inévitable, surtout dans un cadre sportif, qu'elle fait partie des apprentissages de la vie, et c'est vrai! Mais il y a moyen d'en atténuer les effets avant qu'elle ne devienne un prétexte à la discrimination entre les jeunes... par exemple en formant vous-mêmes vos équipes que vous pourrez facilement équilibrer sans créer de hyérarchie entre les jeunes, du moins officiellement.

D'ailleurs, en les observant un peu, vous constarez que le climat de compétition qui peut prévaloir lors d'un cours d'éducation physique n'enchante généralement que les plus doués, que ceux qui marquent les points, qui gagnent les parties. Pour les autres, il s'agit d'un prétexte de plus pour garder un mauvais souvenir du cours en question et, si l'occasion se répète souvent, de l'éducation physique en général.

Nous parlions du mandat qui nous incombe de par nos fonctions d'enseignants; celui qui guide chaque jour notre façon d'être avec les jeunes mérite qu'on s'y attarde avec attention, pour motiver l'ensemble des jeunes, pour qu'ils aient hâte de revenir au cours suivant, et pour qu'ils y découvrent un intérêt personnel, peu importe leur degré d'habileté.

Le mandat dont nous parlions, c'est celui faisant en sorte que nos élèves entrevoient l'éducation physique avec le sourire et non avec indifférence, pour ne pas dire avec dégoût. C'est une façon de voir les choses qui peut être discutable, mais c'est aussi un gage de succès pour quiconque est à la recherche de l'ambiance propice aux apprentissages souhaités.




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