Plus d'éducation physique pour mieux "former", pas pour faire maigrir
Réplique à une lettre parue dans La Presse du 31 août 2003

Dans sa lettre parue en page A11 de La Presse du dimanche 31 août, un résident de Montréal remet en question la décision de l’ex-gouvernement péquiste de faire passer à deux heures par semaine le temps minimum obligatoire accordé à l’éducation physique dans les écoles, ce qui est tout à fait son droit. Il s’aventure par contre dans une voie hasardeuse en dressant des généralités à partir d’événements malheureux qu’il aurait vécus dans son jeune âge.


Il estime « qu’il y aurait plus d’heures d’éducation physique pour contrer l’obésité chez les jeunes » et que « cette initiative est déjà vouée à l’échec. » Ayant lui-même été un enfant obèse, il ajoute que les cours d’éducation physique l’ont stressé au point d’en faire une dépression.

« Les élèves sont mis en ligne et, un à un, choisis pour les équipes. Naturellement, les moins sportifs sont choisis en dernier, écrit-il. (…) Les jours pendant lesquels j’avais de « l’éduc », je mangeais deux fois plus à cause du stress que ces cours me causaient! »

Une mise au point s’impose. L’ajout d’une petite heure d’éducation physique par semaine ne fera pas maigrir tous les jeunes obèses du Québec. La vraie nouvelle à retenir de l’annonce du gouvernement péquiste résidait plutôt dans sa reconnaissance officielle — tant attendue! — de l’impact de l’éducation physique dans la formation de l’élève.

La mise en place d’une solution efficace et durable au problème de sédentarité, qui caractérise de plus en plus de jeunes, passe inévitablement par l’instauration d’une véritable « culture de la santé » dans la population. Pour ce faire, à la base de sa stratégie, le gouvernement décidait d’en imprégner le monde scolaire, où tous les jeunes passent la majeure partie de leur temps, en misant sur l’éducation physique. Il annonçait aussi, entre autres, une série de mesures accessoires visant à faciliter l’accessibilité des jeunes aux infrastructures sportives en dehors du temps de classe.

L’une des principales forces de l’éducation physique, admise par des études scientifiques, est de favoriser l’estime de soi. Dans sa lettre, le lecteur de La Presse raconte pourtant à quel point il s’est senti humilié pendant ses cours d’éducation physique, parce que son enseignant et ses camarades de classe ne respectaient pas son problème d’obésité. Comme j’aimerais pouvoir lui présenter des éducateurs physiques remarquables, des inspirations pour leurs élèves et des atouts majeurs dans leurs écoles, aux yeux de leurs collègues et des parents d’élèves. Et ils sont nombreux, fortement majoritaires devrions-nous préciser!

Mais j’ai tout de même déjà connu un prof de français du secteur collégial qui engueulait sans cesse ses étudiants, sacrait et parlait joual couramment pendant ses cours. J’en ai connu un autre qui laissait ses étudiants se coucher par terre sur des coussins, et encore un autre qui permettait à tous de déterminer leurs propres résultats de fin de session dès la rentrée. Et que dire de ce prof d’anglais du secondaire tout simplement incapable de s’exprimer dans cette langue, de cette enseignante du primaire qui tolère que des enfants s’adressent à elle comme à leur petit frère, ou qui trébuche continuellement dans l’accord du participe passé employé avec l’auxiliaire avoir.

J’ai même connu, à mes dépens cette fois, un médecin qui a presque tourné ma visite en dérision en me recommandant de retourner chez moi, sans porter de plâtre, après avoir subi une entorse sévère à la cheville dont un examen plus approfondi a révélé la présence de multiples déchirures ligamentaires et d’une fracture de cartilage nécessitant une chirurgie. À l’époque, j’avais même dû m’absenter de mon travail pendant deux longues années, au point de compromettre très sérieusement ma carrière.

Et que dire de ces garagistes qui remplacent des coussins gonflables par de l’équipement usagé, de ces avocats qui laissent des clients se parjurer, de ces chauffeurs — ou chauffards?! — d’autobus qui « tassent » de LEUR route les cyclistes en milieu urbain?

Il y a de l’incompétence, de l’insouciance ou de l’incohérence partout, mais cela ne nous empêche pas de vouer un profond respect pour l’enseignante quittant l’école le vendredi soir avec sa correction de la fin de semaine sous le bras, pour le médecin qui doit annoncer le décès d’un enfant à ses parents ou pour le garagiste qui trime dur pour gagner sa croûte. Il serait malsain de vouloir davantage caricaturer d’autres professions par des exemples isolés, et prétentieux d’en dresser une quelconque généralité.

Dans son commentaire, le lecteur de La Presse s’inquiète de la qualité du programme d’éducation physique. « La solution n’est pas d’augmenter la quantité des cours d’éducation physique, mais bien leur qualité. À quand les cours où les activités sportives seront adaptées aux besoins de chaque groupe d’élèves? À quand les cours sur la nutrition, les bienfaits de l’exercice, au lieu de simplement faire courir les élèves partout dans le gymnase? », questionne-t-il.

Je le disais, comme j’aimerais lui présenter des éducateurs physiques réellement professionnels dans leurs actes pédagogiques! Depuis des années, nous valorisons l’unicité de chacun et enseignons l’éducation physique « ET À LA SANTÉ » justement pour répondre aux besoins criants de formation de notre jeunesse en matière de nutrition et de bienfaits de l’exercice, et bien plus encore. La qualité de notre programme disciplinaire est reconnue par des regroupements professionnels sérieux — médecins omnipraticiens, infirmières, psychologues, diététistes, etc. — qui appuient les démarches des éducateurs physiques visant entre autres à hausser le temps minimum obligatoire d’ÉPS dans les écoles. Une unanimité de la sorte doit bien tirer son origine d’une quelconque valeur éducative…

« J’ai pitié des pauvres enfants qui vont subir le même sort que moi, c’est-à-dire passer encore plus d’heures par semaine à se faire rabaisser et mépriser parce qu’ils jouent aux côtés des élèves qui sont dans l’équipe de basketball, et sont jugés au même niveau qu’eux », écrivait-il aussi.

Que l’auteur de la lettre se rassure, le nouveau ministre de l’Éducation n’a toujours pas fait connaître sa décision quant au temps minimum qui sera en vigueur en éducation physique et à la santé à partir de l’an prochain dans les écoles. Si les péquistes s’étaient engagés à imposer un minimum de deux heures par semaine, cette promesse ne figurait pas dans la plateforme électorale libérale, ce qui nous laissent songeurs.

Rappelons que le temps moyen alloué à l’éducation physique dans les écoles du Québec est de 60 minutes par semaine au primaire et d’un peu moins d’une heure et demie au secondaire. Pendant ce temps, la France, la Suisse, la Belgique, l’Espagne, le Japon, le Gabon, etc., nous observent et rient dans leur barbe. Tous ces pays offrent quant à eux trois heures, ou presque, d’ÉPS par semaine au primaire et de deux à trois heures à leurs élèves du secondaire.

Eux font la promotion d’une « culture de la santé » dans leurs établissements scolaires alors qu’ils ne sont pourtant pas aux prises avec des problèmes d’obésité de l’ampleur de celui vécu dans tout le continent nord-américain.

Texte publié le 1er septembre 2003



Vos commentaires

"Je crains que le monsieur qui a écrit à La Presse mélange éducation physique et trait de caractère. Au primaire, j'étais moi aussi la dernière choisie dans les équipes. Ça ne m'a jamais empêchée d'aimer ce cours. Je suis même devenue... enseignante d'éducation physique. Cette personne mélange les choses. On ne fait pas une plage horaire à partir des goûts. La société est de plus en plus sédentaire. L'école va (encore) nous prendre en charge pour les lacunes de notre mode de vie. On veut former les enfants à être de meilleurs citoyens et un mode de vie actif cadre bien dans cette idéologie."

— Sara ABDELGAWAD (Laval), 24 novembre 2005

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