Point de vue sur le barème Letessier

Un commentaire intéressant d'un de nos lecteurs

Quelques lecteurs européens de La bande sportive, abonnés à notre liste de diffusion, ont eu l'occasion de discuter entre autres du barème Letessier. Certains se demandaient s'il était justifié d'en faire l'usage avec une clientèle d'élèves du primaire. Les discussions obtenues ont fait ressortir des différences importantes dans les façons d'évaluer les élèves entre le Québec et la France.

Pour le bénéfice de nos lecteurs, et avec le consentement de l'auteur, voici un point de vue intéressant publié dans notre liste de diffusion.



Le 14 octobre 1998, Pascal Prévost, de France, écrivait:

L'utilisation de ce genre de table est dépassée dans la mesure où nous avons à notre disposition des tests de terrain permettant de faire des mesures suffisamment précises pour l'usage que nous en faisons (nous n'entraînons pas des sportfis de haut niveau !).

IL est de loin préférable de construire un barème interne à votre établissement (écoles primaires, collèges ou lycées) élaboré à partir des données recueillies au cours de VOS évaluations sur VOTRE population d'enfants.

Pour le construire, peu de connaissances statistiques sont nécessaires puisqu'il suffit de savoir calculer la moyenne et l'écart type des performances d'une épreuve avec sa calculette ou son ordinateur, et d'appliquer ensuite une formule mathématique très simple qui permet de mettre en correspondance la performance de l'élève avec une note du barème allant de 0 à 20 par exemple.

Cette méthode est beaucoup plus juste et plus proche de la réalité que ce genre de table élaborée il y a quelques temps maintenant.


Barème? Vous avez dit barème???

Je suppose que vous savez tous qu'un barème permet de mettre en correspondance une performance réalisée par un sujet avec une note sur une échelle donnée de valeurs.

Habituellement, on utilise une échelle de valeur allant de 0 à 20. Normal, nous avons tous été élevés dans ce contexte d'évaluation.

Pour ma part, je préfère celle allant de 20 à 80 car:

- elle est PLUS DISCRIMINANTE;

- elle permet de voir de façon plus fine l'évolution d'une performance lorsque l'on fait une évaluation formative (re-test) ou une évaluation finale (performance);

- elle est pédagogiquement plus correcte car aucun sujet ne peut avoir 0.

De toute façon, rien ne vous empêche ensuite de diviser la note obtenue par 5 pour la transformer en note s/20, pour l'inscrire ensuite dans le bulletin de note de l'élève. Dans ce cas, vos notes iront de 4 à 16 (20/5 et 80/5).

Dans la grille du barème, vous avez en face de la note (allant de 20 à 80 ou de 0 à 20), la performance que la personne a réalisée. Donc, on a d'un côté les valeurs théoriques (20 à 80 ou 0 à 20) et de l'autre les valeurs réellement mesurées sur le terrain.

L'élaboration d'un barème nécessite de connaître les moyennes et écarts-types de chaque groupe de valeurs (théoriques ou réelles).

- Pour les valeurs théoriques, c'est facile puisque dans l'échelle 20-80 la moyenne M est de 50 et l'écart-type (sd) de 10; et dans l'échelle 0-20, M = 10 et sd = 3.33.

- En ce qui concerne les valeurs réelles, il faut calculer la moyenne et l'écart-type de la classe ou, mieux, de toutes les classes de même niveau de l'établissement (par exemple toutes les performances des enfants de 6ième dans votre collège).

Un tableur peut très bien faire l'affaire pour la gestion des notes et le calcul de ces paramètres statistiques. De plus, on peut:

- SOIT avoir un suivi des élèves pendant leur scolarité pouvant s'intégrer dans le projet de l'établissement;

- SOIT alimenter la base de données pour réactualiser les valeurs moyennes et surtout les écarts-types (dispersion des valeurs autour de la moyenne) ajoutés au fur et à mesure que les enfants arrivent dans l'établissement ou passent dans une classe supérieure. Ainsi, vous pouvez, sans le savoir, réaliser une étude épidémiologique sur l'évolution de la condition physique des enfants d'une région donnée.

Pour mettre en correspondance la performance et la note, on utilise la formule suivante:

pour le barème de 20 à 80 : perf(x) = M(x) ± sd(x) * (note - 50) / 10

pour le barème de 0 à 20 : perf(x) = M(x) ± sd(x) * (note - 10) / 3.33

où 50 (ou 10) et 10 (ou 3.33) représentent les moyennes et écarts-types désirés pour les barèmes; M(x) et sd(x) correspondent à la moyenne et l'écart-type du test considéré. Le signe ± permet de prendre en compte la variation relative des performances par rapport à l'ordre décroissant du barème (par exemple pour un test de vitesse, celui qui court le plus vite a la meilleure note, donc la note est inversement proportionnelle à la performance).

Lors de la construction du barème, il faut prendre comme extrême ± 3 écarts-types. Comme cela, c'est 99,7% de la population qui sera pris en compte (c'est une loi mathématique qui nous permet de dire ça; elle est illustrée par la fameuse distribution Gaussienne, courbe en cloche, bien connue des statisticiens). Les valeurs seront donc comprises entre 50 ± (3 x 10) pour un barème 20-80, ou 10±(3 x 3.33) pour un barème 0-20.

Je vous conseille FORTEMENT de passer par un tableur pour réaliser vos barèmes car les "glisser-coller" sont bien utiles dans ce cas-là. Votre colonne note est vite remplie puisqu'elle va de 10 en 10 en décroissant (80 à 20 ou 20 à 0). La colonne note est obtenue en entrant la formule correspondant à l'un des deux barèmes.V ous pouvez évidemment changer l'indentation des valeurs (par exemple passer de 80 à 20 de 5 en 5), mais dans ce cas il faut que ce soit proportionnel dans les deux colonnes.

J'espère avoir été suffisamment clair dans mes explications. De toute façon, une fois qu'on en a fait un, on sait tous les faire!!!

Bonne tabulation! ;-)

Pascal Prévost
Paris, France




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