L'indifférence à la sédentarité
des jeunes

Texte paru dans Le Soleil du lundi 22 avril 2013

Le silence est inquiétant. Une pétition demandant plus d’éducation physique pour tous les jeunes du Québec est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale. Les médias conventionnels n’en parlent pas, ou très peu. La population en général se sent plus ou moins interpellée. Et après avoir affirmé vouloir faire du Québec « la nation la plus en forme au monde d’ici dix ans », Pauline Marois, aussi, garde le silence, tout comme sa ministre de l’Éducation, du Sport et du Loisir.


Dommage, parce que le slogan est invitant. Mais aussi très engageant. Il n’est pourtant plus minuit moins une, il est minuit et quart! Le train est déjà passé et nous devons maintenant courir derrière. Parce qu’un slogan, sans engagement, n’est rien de plus qu’un slogan, et il est éphémère.

Nous sommes tellement loin de l’objectif de Mme Marois. Non pas parce que nous sommes encore en plus mauvais état que nous ne l’étions auparavant mais bien parce notre perception a changé. Au début des années 2000, la population entière se montrait carrément abasourdie devant les problèmes croissants liés à la sédentarité, chez les jeunes en particulier. Depuis, à force d’être bombardée d’études et d’avis scientifiques — voire apocalyptiques — dans le domaine de la santé, elle a fini par s’y laisser apprivoiser et semble maintenant considérer tous ces chiffres comme un fait accompli, comme une nouvelle norme sociale.

« Mais oui, mon garçon est actif; il bouge tout le temps. » « Mais oui, ma fille est active, elle fait de la gymnastique tous les samedis. »

Mais non, Madame, Monsieur, votre enfant n’est pas actif. C’est votre appréciation qui a été altérée. Le silence de nos élus donne l’illusion que tout est sous contrôle et que la suite dépend uniquement des familles. Il reste pourtant tellement à faire pour sortir le Québec de cette habitude de réagir aux problèmes de santé en cherchant le pansement à y apposer plutôt que d’en combattre la source. C’est d’un changement de culture dont il est ici question, pas seulement de l’ajout d’activités physiques dans les parcs et les clubs organisés.

Que dire de ces enfants et adolescents à qui l’on offre si peu d’éducation physique à l’école alors qu’ils y passent la majeure partie de leur temps, alors que cette alternative est la seule à garantir la même chance à tous d’être formés physiquement et à la santé, grands ou petits, indépendamment de la classe sociale et des aptitudes physiques. C’est à l’école que se crée l’étincelle, celle des découvertes et du lien entre les apprentissages et la vie en société. Et c’est parfois à l’école que les jeunes peuvent vivre une certaine stabilité, cette « routine » apaisante et sécurisante leur permettant de connaître une meilleure stabilité émotionnelle.

Que dire de ces jeunes qui optent pour le transport scolaire au lieu de marcher ou de se rendre à l’école en vélo. Il y si peu de brigadiers veillant à la sécurité des enfants, si peu de pistes cyclables, et tellement de trottoirs mal entretenus en hiver. On peu comprendre, en partie, la réticence de ces adultes qui font tout pour assurer à leur enfant une place à bord de l’autobus jaune. Certains d’entre eux, pourtant, pourraient se permettre une petite marche de santé en compagnie de fiston, le matin, avant de quitter pour le boulot.

Et que dire de ces restaurants servant de la malbouffe qui pullulent aux abords des écoles, en toute impunité, alors que les cafétérias scolaires retirent les frites de leurs menus.

Québec prépare une vaste consultation précédant le dépôt d’une politique nationale du sport, du loisir et de l’activité physique prévu d’ici la fin de 2013. Encore une fois, le temps alloué à l’éducation physique des jeunes n’a pas été inclus dans le mandat du comité chargé d’élaborer cette politique.

Oui, il faut parler d’un changement de culture, mais un changement qui ne pourra s’opérer qu’à partir du moment où tous les acteurs de la société seront impliqués, ce qui inclut l’école dans son horaire de cours obligatoires. Nous le disions, une pétition circule présentement dans les réseaux sociaux et est hébergée sur le site de l’Assemblée nationale. Elle vise à garantir un temps minimum d’éducation physique dans tous les établissements scolaires du Québec. Parce que l’éducation physique doit également faire partie de la solution pour un Québec en santé.

Comme parents, nous serions prêts à donner notre vie pour un enfant, sans hésitation, mais comment expliquer que nous ne soyons pas enthousiastes à l’idée de lui fournir un environnement plus favorable à son épanouissement intellectuel, social, affectif et physique. Aux citoyens de briser le silence. À Mmes Marois et Malavoy d’assumer le leadership dont le Québec a besoin.

Texte publié le 13 avril 2013



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