L'éducation physique et son problème d'image

L'éducation physique connaît des moments difficiles au Québec depuis quelques années. Sans cesse menacés de diminution de leur temps d'enseignement, les artisans de cette "matière scolaire" assistent petit à petit à la dévalorisation de leur profession, avec une certaine impuissance il faut dire. Mais en y réfléchissant bien, force est d'admettre que ce sont justement ces apôtres de la bonne forme, du moins une petite partie de ceux-ci, qui sont la source du problème.


En fait, c'est l'image de l'éducation physique, qu'on a longtemps présentée au public en général, qui a laissé des traces. Qui n'a pas connu au moins une fois au cours de sa jeunesse un enseignant paresseux, assis sur un banc du gymnase, regardant pendant tout le cours ses élèves jouer avec un seul ballon? Ou cet autre intervenant qui, d'année en année, accueille des stagiaires dans son école, mais profite de l'arrivée de "forces fraîches" pour prendre des vacances à l'extérieur? La liste des horreurs est longue, hélas! mais la conséquence est évidente: plusieurs personnes, chez nos administrateurs en particulier, ne sont pas réellement convaincus du caractère nécessaire de notre enseignement.

Il n'y a pas si longtemps, l'éducation physique était à peine envisagée dans nos écoles ou carrément sous la responsabilité des enseignants réguliers, des généralistes qui prévoyaient quelques minutes de jeu surveillé dans leur planification hebdomadaire.

Au fil du temps, des spécialistes ont été formés, des programmes implantés, si bien qu'on en est arrivé à cerner l'ensemble des habiletés motrices souhaitables de l'individu sous différents thèmes et objectifs d'apprentissage. Nos gymnases ne sont donc plus, depuis longtemps, les théâtres d'activités libres ou de passe-temps indéfinis. On y enseigne plutôt l'art de bouger et de s'exprimer en tenant compte de ses limites, des cadres physiques et, surtout, des gens qui nous entourent. L'éducation physique est ainsi devenue, avec le temps, l'apprentissage de la vie.

Pourtant, il y a quelques années de cela, la ministre québécoise de l'éducation de l'époque, madame Lucienne Robillard, faisait part en conférence de presse de son intention de remettre à neuf l'enseignement de niveau collégial, entre autres en réduisant de moitié le temps alloué à l'éducation physique, sans manquer de l'écorcher au passage.

"Pêche à la mouche I... Pêche à la mouche II... J'ai bien de la misère avec ça", avait-elle lancé.

Le ton, l'ironie, la une dans les journaux, tout y était pour faire passer le message. Il faudrait dorénavant faire travailler la tête... et le corps finira bien par suivre!

Le pire, c'est qu'en quelque part, il y avait un fond de vérité à ses propos. On peut en effet lui concéder que tous n'ont pas la même rigueur pour faire de leurs cours de véritables séances éducatives, que ce sont malheureusement de ces gens dont on parle le plus, que certains programmes restent sans doute à raffiner avant de prétendre aspirer à un idéal. Elle aura donc réveillé, un peu tardivement peut-être, un certain noyau de spécialistes peu critiques à l'égard de leurs propres interventions.

Toutefois, un jugement tout aussi sévère, qui ne vint jamais, aurait pu être porté envers certains cours de psycho-oreiller de niveau collégial, d'anglais, au secondaire, donnés par des enseignants qui ne le parlent pas, ou très peu, ou de catéchèse débouchant parfois, au primaire, sur des arts plastiques. Une constante demeure, la perfection est encore bien loin d'être acquise dans ce merveilleux monde de l'éducation.

Bien entendu, l'intention n'est pas ici de détruire la crédibilité des disciplines et intervenants concernés, loin de là. Elle vise plutôt à rétablir les faits dans une juste perspective: l'impertinence et l'incompétence se retrouvent dans toutes les sphères de la société, que l'on parle d'enseignement, de droit, de médecine... ou de politique.


Des effets indéniables

L'éducation physique est encore un domaine relativement jeune qui a besoin de quelques retouches pour se bâtir une fragile image. D'ailleurs, la Fédération des éducatrices et éducateurs physiques enseignants du Québec (F.É.É.P.E.Q.) a ajusté son tir et s'oriente maintenant vers la promotion de la santé et des bonnes habitudes de vie par l'enseignement de l'éducation physique, même en très bas âge.

Si la plupart des parents d'élèves sont maintenant d'avis qu'un programme quotidien d'éducation physique n'aurait que des effets positifs sur leurs jeunes, sur l'avenir d'une société, il se trouve encore, facilement, des dirigeants de commissions scolaires prêts à sacrifier un poste de conseiller pédagogique par souci d'équilibrer leurs budgets. Certains, par contre, plus nuancés, préfèrent gruger quelques minutes aux périodes prévues pour les redistribuer vers des matières jugées prioritaires. D'autres, des politiciens ceux-là, laisseront croire à la population que l'avancement d'un système scolaire, voire d'une société, peut se faire au détriment de l'éducation physique puisqu'il sera toujours possible, pour les jeunes, de s'inscrire à divers clubs sportifs pour compenser le manque d'activités. En ne considérant que l'aspect récréatif de l'éducation physique, ils réfutent ainsi toute valeur éducative à notre enseignement.

Dans tous les cas, le doute s'installe chez madame et monsieur Tout-le-Monde. Plusieurs éducateurs physiques aussi se sentent moins en confiance, au point de songer à une seconde carrière, pour les plus jeunes d'entre eux. Ils ont parfois l'impression d'être isolés, pointés du doigt, et se sentent las d'avoir constamment à justifier leur présence.

De nombreux projets ont prouvé hors de tout doute qu'une éducation physique quotidienne avait une incidence positive sur les résultats académiques des élèves ciblés. Preuves à l'appui, ils sont ainsi convaincus de la pertinence de leurs revendications et désirent maintenant sortir de l'ombre. À tout le moins, ils cherchent à faire reconnaître leur discipline comme une priorité et réclament tout haut la place qui leur revient, la leur!

Une simple question d'image, disions-nous? C'est probable, en effet. Mais un problème que seule une véritable volonté politique pourrait résoudre en favorisant l'éclosion de l'éducation physique au lieu de la restreindre.

En plus de se montrer d'excellents pédagogues, les enseignants, eux, devront rapidement s'adapter au marketing, s'improviser vendeurs, s'ils veulent garder le contrôle de leur destinée.



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