Des exigences harmonisées pour des comportements homogènes

On respecte plus facilement des règles de vie communes à tous

Elle se tenait debout, bien droite, sûre de ce qu'elle avançait.

Madame Nicole, comme l'appellent affectueusement ses élèves du préscolaire, accueillait dans sa salle de classe les parents de ses élèves à l'occasion de la première rencontre parents-maître de l'année. Après avoir parlé de tout et de rien, de la routine qui s'installe progressivement chez les enfants, elle a subitement abordé le sujet des règles et responsabilités que devaient à tout prix adopter les jeunes à la maison, parce que la vie à l'école leur en impose aussi un certain nombre chaque jour.

Comme elle avait raison!


Sa réflexion était la suivante: serait-il possible que des enfants qui n'arrivent pas à s'adapter à un moule commun à tous, bien défini, quant aux règles de vie dans une classe, et par conséquent dans une école, soient aussi des enfants qui une fois revenus à la maison n'assument pas de responsabilités particulières, ne sont pas mis à contribution comme membres actifs dans la dynamique familiale? La question mérite en effet qu'on s'y attarde un peu.

Régulièrement, au sein de nos groupes d'élèves, nous rencontrons des enfants qui n'arrivent pas à rester en place et ne saisissent pas la pertinence d'écouter la personne (même adulte) qui s'adresse à eux. Souvent, ces jeunes donnent l'impression d'être seuls au monde et peu préoccupés par les règles et contraintes que subissent les autres.

Lorsqu'on recherche des coupables sur qui faire reposer tout l'odieux de la situation, on pense immanquablement aux parents de ces jeunes "qui n'ont pas su bien éduquer leur fils, leur fille", se dit-on.

Ce peut être vrai, dans certains cas. Plusieurs ex-enfants parmi nous ont vécu une période de leur vie où la bonne conduite étaient régies par des règles familiales très strictes, trop diront certains, allant jusqu'aux sévices violents, démesurés. On se dit alors, comme parents, que "nos pauvres enfants n'auront pas à leur tour à subir la même sévérité excessive ou cette violence disgracieuse gravée à tout jamais dans notre mémoire".

Et notre fils, notre fille, devient soudainement un enfant-roi. On veille à son bien-être, on le couvre de présents dont on a toujours rêvé du temps de notre jeunesse, et on n'ose pas trop élever le ton en se disant qu'un enfant respecté à ce point ne peut avoir de malice en lui. À son retour de l'école, papa ou maman vient s'asseoir à ses côtés pour l'aider à faire ses devoirs, lui soufflant même quelques réponses lorsque l'effort à consentir devient trop important. C'est une éducation de type "fast-food" où tout a d'abord été mastiqué, voire digéré, avant la consommation.

Mais non... Ce ne sont pas tous les parents qui agissent ainsi, heureusement! Plusieurs d'entre eux, même une bonne majorité dirons-nous, continuent de veiller à l'éducation de leurs enfants suivant des valeurs tout à fait conformes à celles que nous véhiculons chaque jour à l'école.

Alors, comment s'expliquer que la "discipline" soit si difficile à obtenir chez plusieurs de ces jeunes bien éduqués une fois rendus à l'école?


Notre responsabilité

Serait-il alors possible que ce soit l'équipe-école elle-même qui sème inconsciemment le désordre en ses murs? Se pourrait-il qu'elle contribue à rendre les élèves irresponsables alors qu'elle exige pourtant le contraire? Malheureusement, il s'avère que oui, à l'occasion, parce que les différents intervenants appelés à côtoyer les enfants pendant l'année scolaire n'arrivent pas à harmoniser leurs interventions et réactions en regard des comportements à proscrire chez les jeunes.

Par exemple, il n'est pas rare de constater, pour un éducateur physique, que le groupe d'élèves dont il avait la charge peut circuler bruyamment dans les corridors de l'école lorsqu'il est sous la responsabilité du titulaire du groupe alors que la consigne inverse avait pourtant été rigoureusement appliquée, quelques minutes auparavant, avec l'éducateur physique en tête du groupe. Bien entendu, le contraire peut être tout aussi vrai puisque certains éducateurs physiques n'accordent pas de réelle importance à la discipline de leurs élèves en-dehors du gymnase.

Dans d'autres circonstances, quelques enseignantes et enseignants peuvent tolérer que des élèves se lèvent de leur chaise, discutent avec des camarades, pendant qu'ils s'adressent au groupe, tandis que leurs collègues de travail, plus pointilleux, ne laissent tout simplement rien passer.

Et que dire de ce petit garçon de 10 ans, récemment "sorti" de son groupe d'élèves présentant des troubles du comportement, et intégré à un groupe "régulier"... Alors qu'il a pris l'habitude de "faire une crise" en pleine classe au moins une fois par jour, son enseignant, pour le contenir, l'avise qu'il "limitera" dorénavant ses écarts de conduite à quatre par semaine! Comme par hasard, son enseignant en éducation physique, qu'il ne voit qu'une fois par semaine, doit subir invariablement ses foudres au cours de chacune des séances au gymnase... puisqu'il n'a pas atteint son quota de la semaine! Et la liste des exemples de contradictions serait facile à compléter...

On peut ainsi en déduire que l'élève arrive difficilement à s'identifier à un quelconque schème de référence puisque ceux qui incarnent la marche à suivre sont inconséquents entre eux. Que de contradictions, que d'énergie gaspillée, mal investie!

C'est bien avant la rentrée scolaire que l'esprit qui anime une école se dessine. Au cours des journées pédagogiques précédant l'arrivée des élèves, peut-être même avant, tout le personnel de l'école doit se mettre d'accord sur une procédure simple à suivre pendant l'année, la mettre en application dès la toute première journée de classe, et jusqu'à la fin de l'année. Il ne s'agit pas d'établir un code de discipline sévère, d'identifier par écrit les conséquences auxquelles l'élève récalcitrant s'expose dans le cas du non-respect des règles de vie, mais bien simplement de se mettre d'accord sur certains principes qui feront en sorte d'améliorer le climat de vie de tous, élèves comme enseignants.

Si un tel concensus n'a pas été obtenu, si ce ne sont pas tous les intervenants qui adhèrent à cette démarche éducative, les élèves auront tôt fait de saisir cette politique de deux poids deux mesures appliquée à l'école, et sauront en tirer profit, au grand dam des enseignants. Et ce seront fort probablement les intervenants spécialistes, dont les éducateurs physiques, qui côtoient plus rarement les jeunes, qui écoperont davantage.

Mais oui Madame Nicole, vous aviez bien raison! Nos élèves ont besoin d'être responsabilisés tant à la maison qu'à l'école. Si notre influence sur ce qui se passe à la maison est bien relative, il nous reste encore notre petit monde scolaire où, heureusement, nous sommes en bonne position pour agir... collectivement.



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