Élections 2007
Une génération sacrifiée
pour de la graisse de bébé

La position du "Comité d'action ÉPS"

Il n’y a pas de place pour la santé des jeunes dans la plate-forme électorale des trois principales formations politiques. À peine un peu de « réchauffé », quelques balivernes et de timides mesures abstraites qui n’apporteront guère de solutions aux problèmes de sédentarité et de mauvaises habitudes de vie qui caractérisent de plus en plus la jeunesse québécoise. La santé des jeunes n’est visiblement pas un enjeu dans ces élections mais une simple mention dans un coin de page. Désolant.


On croyait pourtant le débat résolument ancré dans les mœurs des Québécois. Après tout, ce ne sont pas les études scientifiques qui manquent en appui aux observations de tous ces experts du monde de l’éducation et de la santé œuvrant auprès des jeunes. Depuis des années, tous réclament un sérieux coup de barre afin de permettre aux jeunes du Québec de baigner dans un milieu — l’école — favorisant l’acquisition de saines habitudes de vie, en relève aux seules familles parfois mal outillées pour ce faire.

Mais les programmes des trois principaux partis dans la course nous laissent songeurs. Les libéraux, qui présentent tout de même la proposition la plus détaillée, affirment « miser sur la prévention » en promettant d’éliminer la malbouffe des écoles du Québec. Or, cette politique alimentaire était déjà à l’étude au gouvernement depuis au moins deux ans et a même fait l’objet d’un engagement du MÉLS. Devant l’imminence d’un scrutin général, et comme son adoption a pris du retard, cette politique a été recyclée en promesse électorale.

Libéraux et péquistes s’entendent sur l’importance de « bouger davantage à l’école ». Si le Parti libéral encouragera « le développement de rencontres sportives interscolaires qui améliorent la santé des jeunes (!) », le PQ suggèrent de maintenir les écoles ouvertes jusqu’à 17h00 afin d’inclure « davantage de sport et d’activités parascolaires. » Pour sa part, l’ADQ compte « investir en prévention et sensibiliser sur les saines habitudes de vie, notamment auprès de la petite enfance et des écoles primaires et secondaires. »

Bref, à la lecture de ces engagements, il n’y a manifestement pas de raison de pavoiser pour un prof d’éducation physique qui côtoie quotidiennement la sédentarité et la méforme physique. En réalité, la seule nouvelle mesure, avancée par le PLQ, a été calquée d’un récent programme fédéral de crédit d’impôt permettant aux familles de déduire jusqu’à un maximum de 500$ « de frais admissibles sur le montant payé pour une inscription à une activité sportive ».

À elle seule, cette mesure, qui vise, dit-on, à stimuler la pratique du sport chez les jeunes, ne permettrait évidemment pas aux familles de se renflouer, mais elle s’harmoniserait admirablement bien à une vision globale de santé préventive auprès des jeunes.

Quelle vision globale?

Mais qu’en est-il au juste de cette vision globale que nous réclamons depuis maintenant des lunes? À vrai dire, elle a été mise sur la glace, encore une fois. Aucun des trois partis ne fait allusion à une quelconque augmentation du temps obligatoire accordé à l’éducation physique des jeunes. On butine, on saupoudre ici et là quelques promesses accessoires, sans déranger le monde scolaire. Et la vraie mesure, celle qui aurait un réel impact sur les habitudes de tous les jeunes, riches ou pauvres, minces ou obèses, grands ou petits, est de nouveau balayée discrètement sous le tapis.

Il est pour le moins naïf de croire que l’ajout d’activités parascolaires suscitera un engouement soudain de l’ensemble des jeunes qui, déjà, ne s’y inscrivent pas en masse. Il est tout aussi naïf d’affirmer que les rencontres sportives interscolaires améliorent la santé des jeunes quand on sait qu’elles ne rallient qu’une poignée d’élèves.

En septembre dernier, un premier pas — très intéressant — avait pourtant été fait en permettant aux écoles primaires qui le souhaitaient d’ajouter une deuxième heure d’éducation physique à leur horaire de classe hebdomadaire. Le jour où une formation politique s’attaquera de front au manque criant de formation obligatoire en éducation physique et à la santé des jeunes du préscolaire, de 20% des élèves du primaire et de l’ensemble des écoles secondaires, on pourra alors commencer à la prendre au sérieux. D’ici là, nous devrons rester sur notre appétit.

Au début des années 2000, le Québec adoptait une réforme scolaire, dans le secteur primaire, qui n’en finit plus de susciter des interrogations, voire des débats. En éducation physique, force est d’admettre que celle-ci avait eu pour effet de niveler par le bas la quantité de cours offerts aux jeunes. Depuis ce temps, le sujet est revenu périodiquement dans les manchettes, mais rarement à la une.

Tous s’entendent pour dire que la santé des jeunes est importante, mais peu se sentent directement concernés. « Mon enfant est en bonne santé », se disent la plupart des adultes, un peu sans doute pour se déculpabiliser. « C’est juste un peu de graisse de bébé qui va disparaître à l’adolescence. »

Il n’y a pas de viaduc qui s’effondre, pas de tronçon d’autoroute à paver, pas d’attente interminable dans les urgences, pas de réchauffement de la planète, juste un peu de graisse de bébé. Et les gens se mobilisent rarement autour d’une cause qui, tel un miroir, leur retourne en plein visage leur propre image. Et ça, la gent politique le sait très bien.

La présente campagne électorale va permettre d’élire un gouvernement qui administrera le Québec au moins jusqu’en 2011. À ce moment, les jeunes de la réforme termineront leur formation au secondaire et seront finalement les grands perdants du manque de vision de nos élus.

Certes, ils ont abandonné la pratique régulière d’activités physiques et adhèrent plutôt à des habitudes de vie néfastes pour leur santé future. Mais devront-ils également être considérés comme les grands responsables de cette situation et abandonnés définitivement à leur sort?

Texte publié le 7 mars 2007



Vos commentaires

Vous pouvez réagir à cet article simplement en nous écrivant... que vous soyez d'accord ou non avec notre prise de position. Il nous fera plaisir de publier vos remarques. Notez qu'il est cependant nécessaire de vous identifier et de nous transmettre votre lieu de résidence afin que nous puissions tenir compte de votre commentaire.



Nos chroniques | Reportages | Débats et opinions | Portraits