La facilité au bout des doigts

La plus récente pub télé de Microsoft m’a fait grimacer. Grâce à Windows 8, une fillette se lance dans la création de toiles sans peinture ni papier, simplement en faisant glisser son pinceau sur un écran d’ordinateur. Oh! Quel plaisir! Les mains bien propres, elle n’a ensuite qu’à cliquer sur « imprimer » pour voir apparaître l’œuvre finale. De l’art à sa plus simple expression, sans odeur de peinture fraîche, sans taches sur le chemisier, et sans contact entre l’artiste et le médium utilisé. Le plaisir de toucher, la boîte de crayons et le papier qui traînent sur un comptoir seraient-ils devenus à ce point désuets? Décidément, on ne freine pas le progrès!


Hélas! Ce n’est là qu’un tout petit exemple parmi tant d’autres. Pendant la période des fêtes, je me trouvais en effet dans le hall d’un grand centre commercial où un kiosque de jeux vidéo remportait un succès fou auprès des passants, jeunes et adultes. On pouvait y faire l’essai d’un tout nouveau jeu offert pour la console Wii. Sur un écran géant, évidemment, les effets visuels sont criants de réalisme. Encore là, plus besoin de tenir une raquette, de frapper une rondelle ou de lancer une balle. Tout y est, l’ambiance, la couleur, même les commentaires de journalistes. Dans le feu de l’action, on sent à peine son rythme cardiaque augmenter. C’est le sport à sa plus simple expression.

J’exagère peut-être. Je ne serais pas le premier. Pourtant, j’ai rencontré récemment deux sportifs, des athlètes en vue d’une équipe de sport professionnel de Montréal, avec qui j’ai tenté d’engager une conversation alors que nous étions tous les trois assis dans une salle d’attente. Après deux minutes de vaines tentatives, j’ai capitulé. Les jeunes adultes étaient visiblement trop occupés à gérer leurs « textos » pour m’accorder la moindre attention. Il faut dire que même entre eux, les discussions étaient assez approximatives, fort occupés qu’ils étaient.

« C’est ça, être jeune! » m’expliquait une élève de 5e année le plus sérieusement du monde. Son tout nouveau iPhone à la main, elle a voulu me démontrer l’incroyable utilité de son appareil haut de gamme et contrer à tout jamais mon scepticisme.

— Vous voyez, je peux faire glisser mes doigts sur l’écran. Je peux aussi afficher des images comme celle-ci, faire apparaître un cœur comme celui-là avec le mot « love » écrit dessus. Et vous? Vous n’aviez pas de iPhone? Pas de Facebook? Même pas Internet? Que pouviez-vous bien faire pour passer le temps à mon âge?

— Moi?! Je jouais au ballon.

Ma réponse n’a pas semblé la convaincre. Elle a fait la moue et est retournée à ses « occupations ».

Il m’arrive évidemment d’aborder le sujet avec mes élèves dans l’espoir de les conscientiser aux effets de cette surabondance de technologie dans leur vie de tous les jours. Parfois avec un certain succès, mais souvent sans impact apparent. Après tout, ce sont les adultes qui inventent des besoins et dictent les nouvelles normes sociales. Nos enfants sont de plus en plus sédentaires et vendus aux formes de loisir passif? Ils n’ont pas tous les torts, les pauvres, parce que la génération qui les précède n’hésite pas à mettre ses mains dans les poches pour leur payer des appareils de luxe, pourvu qu’ils ne soient pas ringards.

Et il est tellement plus contraignant, pour l’adulte, d’acheter une bicyclette qu’une manette de jeu.

Texte publié le 5 février 2013



Vos commentaires

"Il y a 30 ans, allumer la télévision (surtout dans les salles à manger) c'était couper les conversations. Aujourdhui c'est pire, le portable avec lequel on est branché en permanence sur le bout du monde vous isole des personnes qui sont à côté de vous... La machine infernale que l'on ne coupe jamais et qui vous sollicite en permanence.

"Arrêtons l'esclavage moderne."


— Marie JOURDREN (Lorient, France), 2 avril 2013

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