Un bien piètre exemple de nos athlètes professionnels!

Ça se voit aisément dans les arénas, à la télévision et dans les journaux, les gens sont friands de blessures, de chair fraîche et de sang! Dès la moindre escarmouche, dès que des adversaires se bousculent encore plus fort que ne le permettent les règles du sport en question, et Dieu sait jusqu'à quel point certaines autorités sportives sont permissives sur la question, on voit le public se lever d'un bloc pour applaudir le spectacle, pour en redemander. Mais justement, de quel spectacle est-il question?


Nous en sommes tous conscients: nos élèves sont facilement attirés par la violence qu'ils voient presque chaque jour à la télé, en particulier, personnifiée par ces athlètes que tous vénèrent pourtant. D'ailleurs, au lendemain d'un match de hockey de séries éliminatoires par exemple, ce n'est généralement pas du but vainqueur dont il est question lorsqu'un groupe d'élèves discutent du déroulement de cette partie, mais bien de la râclée qu'a subie le pauvre Monsieur X devant le fort populaire Rambo de l'équipe locale.

On a beau dire, devant tout le monde, pour bien paraître, que la violence nous déplaît à en devenir malade, qu'elle brime le droit de chaque individu d'assister à un véritable spectacle sportif, voire qu'elle est dégradante pour l'homme en général, il faut avouer qu'elle exerce une sorte de fascination chez plusieurs, et surtout auprès des jeunes, hélas!

Dans les images

En lisant cet article, plusieurs diront que l'intention est encore ici de miner la crédibilité du hockey sur glace, de détruire sa réputation. Mais justement, s'il fallait parler de cette réputation, comment alors expliquer que les bandes annonces et les extraits de parties servant à "promouvoir" le hockey sur les chaînes de télé américaines ne montrent aux téléspectateurs que de pauvres types qui passent par-dessus la bande, se font littéralement écraser dans un coin, sont soulevés dans les airs après un dur contact contre un "réfrigérateur", etc.

On y a choisi de populariser le hockey en pariant sur l'esprit sanguinaire des "sportifs", plutôt que sur la beauté des actions offensives personnelles et collectives du sport. Par comparaison, il faut voir les messages télévisés de l'Association nationale de basketball qui, n'ayant pas à vanter les mérites d'un sport déjà hyper populaire aux É.U., peut se permettre de nous présenter les Jordan et compagnie au coeur de véritables ballets classiques, grâce à des super-ralentis à vous en couper le souffle.

Et le hockey n'est que l'une des disciplines sportives où la violence est encouragée. Il en existe évidemment d'autres, comme la boxe par exemple. Dans ce cas, la situation est cependant un peu différente puisque le but du "jeu" est justement d'être celui qui frappera le plus fort sur la mâchoire de l'adversaire! Il ne s'agit donc plus d'une violence tout à fait gratuite puisqu'elle va de soi... Toutefois, qui n'a pas vu au moins dix fois à la télé le charmant Tyson mordre l'oreille de Hollyfield durant son combat de championnat?

On peut donc parler, sans craindre de se tromper, d'un problème de société. Des images nous sont lancées au visage, de plus en plus vite, avec de plus en plus de violence. On n'a d'ailleurs qu'à regarder quelques minutes des "Power Rangers" ou de "Sailor Moon", pourtant d'allure très coquette, pour constater l'ampleur des dégâts. Si le rythme des images étourdit les grands, celles-ci séduisent au contraire les plus jeunes qui imiteront ensuite leurs idoles.

Dans le langage

Le petit Maxime, 7 ans, regardant sa vedette préférée rentrer au banc après quelques secondes de présence sur la patinoire, lors d'un match de hockey à la télé, ne gardera sans doute pas longtemps en mémoire la magnifique passe que le joueur-vedette vient de servir à un partenaire démarqué qui n'a pas réussi à marquer. C'est plutôt du grossier juron bien dodu, capté au vol par la caméra, et qu'il a facilement pu lire sur ses lèvres, dont il se souviendra, et qu'il répétera sans doute dès le lendemain, dans la cour de récréation. Parce que c'est inévitable: il jouera lui aussi à la vedette, tôt ou tard.

Il n'est alors pas du tout étonnant d'entendre des jeunes se dire "je vais te tuer" au cours d'une partie de ballon chasseur, ou "tu es mort" lors d'un quelconque jeu de poursuite. C'est normal, c'est ça le but du jeu! C'est du moins ce qu'on apprend à la télé, se disent-ils.

Cette autre mission qui nous incombe, bien que très ardue, n'est pas perdue d'avance. Éliminer les paroles et gestes violents chez les jeunes ne se fait pas en quelques jours, semaines, ou mois. Il faut des années pour réapprendre la beauté du sport qui, en quelques images, se trouve dénaturée et réduite à une forme de prostitution.

Parce qu'il est un intervenant influent et apprécié auprès des élèves, parce que c'est son boulot que d'enseigner la tolérance et le respect dans le cadre des activités physiques et sportives, l'éducateur physique peut contribuer très positivement à assainir les pratiques de nos jeunes et, subséquemment, de notre société.

En parlant d'éliminer ou de retirer un opposant plutôt que de le tuer, en répondant à la violence manifestée par un élève par le calme et en laissant tomber le pointage de la partie à la faveur des objectifs personnels ou collectifs visés, il personnifiera de façon adéquate l'esprit qui doit animer toute activité physique et relation avec autrui. Il contribuera ainsi à assainir le sport, le climat dans l'école, même sa petite parcelle de société.



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