Un enseignement bien "enrobé"

Des éducateurs physiques à la fois artistes et comédiens

Dans bien des écoles primaires, la principale préoccupation des élèves n'est pas de connaître la date du prochain examen de français, de savoir comment répondre à une résolution de problème en mathématiques, ou de savoir jouer correctement la gamme à la flûte à bec, en musique. En fait, si vous savez enrober vos cours avec un soupçon d'originalité et de personnalité, il y a de fortes chances que vos élèves se posent constamment la même question de semaine en semaine: "quel sera l'objet du prochain cours d'éducation physique?"


Dès que les élèves pénètrent dans le gymnase, l'éducateur physique bénéficie d'un premier indice lui révélant l'enthousiasme qui les animera au cours de la séance. Des jeunes arborant un large sourire, qui sont fébriles, qui ont le regard rempli de questions, qui se permettent même de pousser un grand "yeah!" en apercevant le matériel qu'il a disposé dans la salle, seront presque gagnés d'avance lorsqu'ils seront placés en situation d'apprentissage.

Pour obtenir ces réactions, ce préjugé favorable qui assurera le succès à l'enseignant, il faut savoir faire usage de ce que nous appellerons savamment l'enrobage circonstanciel, sorte de touche personnelle de l'éducateur physique qui sait planifier en fonction des stimuli qui inspirent les jeunes, et non à partir de ses propres intérêts.

Particulièrement au primaire, cet enrobage circonstanciel pourrait donc se définir comme étant l'habileté de l'enseignant à aménager ses aires d'activités éducatives de manière stimulante et colorée, tout en étant évidemment pratique et sécuritaire.

Qui n'a pas en mémoire l'exemple d'un éducateur physique, tout ce qu'il y a de plus consciencieux, mais dont le "message" ne passe tout simplement pas. Il gère tout avec minutie, que l'on parle de la répartition des élèves, de la durée des éducatifs, des objectifs visés, mais en oublie ce qui revêt pourtant une importance capitale pour ses élèves: le cadre physique et le plaisir d'être actifs.

On a beau conscientiser les jeunes à la nécessité d'aspirer à une certaine acquisition de connaissances et d'habiletés en éducation physique, si le gymnase est vide à leur arrivée, bien peu de ceux-ci y trouveront leur compte, sans égard de la compétence de l'enseignant. Ce dernier a ainsi tout intérêt à d'abord tenter de se substituer aux élèves avant de planifier ses séances éducatives.

Par exemple, quelques questions fort simples pourraient servir de guide lors de la planification matérielle d'un cours:

La disposition de mon matériel est-elle attrayante?
Le type d'outils utilisés stimule-t-il l'enthousiasme?
Ai-je su diversifier le matériel utilisé de cours en cours?
Les élèves ont-ils souvent l'occasion de manipuler divers types de matériel pendant mes cours?
Les élèves disposent-ils d'une période exploratoire suffisante pour apprivoiser les nouveaux outils?
Etc.

En se questionnant de la sorte avant de déterminer de manière définitive à quoi ressemblera le paysage éducatif pour un cours donné, l'enseignant créera l'ambiance propice aux apprentissages escomptés. Cette ambiance se traduira tout simplement par l'ajout de petits détails qui auront un impact visuel majeur sur l'appréciation des jeunes:

En manipulation, deux élèves se lancent un ballon dans un geste de type "baseball". Une corde de couleur est placée au centre; les jeunes doivent lancer au-dessus, en-dessous de celle-ci;
plusieurs ateliers sont proposés dans un cours en mobilité: ceux-ci sont simplement identifiés par des affiches de couleurs vives et différentes;
lorsqu'un cours est présenté sous forme de stations, chaque élève dispose d'une carte, d'un jeton, d'un objet quelconque qu'il devra déposer à l'un des endroits prévus pour identifier par exemple l'atelier le plus difficile ou répondant à une question particulière émise par l'enseignant en début de période;
des équipes sont formées dans le cadre d'un cours en coopération; les élèves portent tous un dossard leur permettant de s'identifier à une équipe précise, même si l'objet du cours ne place pas les équipes en opposition directe;
etc.


Dans le style d'animation

Si le cadre physique revêt une importance indéniable aux yeux des élèves quant à leur appréciation du contenu pédagogique d'un cours, le style d'animation et la personnalité de l'enseignant auront un impact réel sur sa capacité à rejoindre les jeunes.

Tous les enfants le diront, la qualité la plus appréciée d'un enseignant est souvent son humour. L'éducateur physique qui fait preuve de compétence dans son travail sera respecté de tous. Celui qui en revanche saura aussi détendre l'atmosphère en se montrant lui-même détendu, chaleureux, humain en somme, tout en utilisant à l'occasion l'humour pour désamorcer une quelconque tension, sera pour sa part très apprécié, voire aimé de tous. Chez les enfants, un enseignant tenant à tout prix à se présenter comme un technicien aura plus de mal à gagner la faveur de ses élèves.

Plusieurs intervenants craignent comme la peste de faire usage d'humour dans leurs cours: "je vais perdre le contrôle du groupe si je me mets à faire des blagues sans arrêt", se disent-ils.

Il y a en effet une barrière à respecter afin qu'un cours ne devienne une véritable farce en soi. Utiliser l'humour pour détendre occasionnellement l'atmosphère n'a rien à voir avec un bombardement en règle des élèves par une succession de blagues qui n'en finissent plus, d'autant plus qu'il n'est pas donné à tout le monde d'être naturellement drôle.

C'est d'ailleurs tout aussi vrai dans le cas de groupes d'élèves difficiles présentant des troubles du comportement. Ces enfants ont justement besoin d'être en contact avec cette chaleur humaine à laquelle ils n'ont pas toujours droit en milieu familial, hélas!

Comme en popote, l'enseignant-cuisinier joue constamment avec les ingrédients: un peu de couleur par-ci, d'humour par-là, le tout présenté dans un moule de travail stimulant... et pédagogique!




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