Ces petits enfants chéris

Ils ont six, neuf ou douze ans, parfois même plus. Ce sont nos enfants, les plus beaux du monde, les plus intelligents, et nous les aimons profondément. Comme tout parent responsable le ferait, chaque jour, nous leur décrochons la lune afin qu’ils ne manquent de rien. Et ils ne manquent de rien.


Nous les cajolons, les enrobons, de peur qu’ils ne soient exposés aux pires sévices du monde. Tout est mis en œuvre afin de les prémunir de ces atroces souffrances qui ont caractérisé notre jeunesse, une époque d’oppression où une génération au grand complet était carrément bafouée dans ses droits.

Il y a 40 ans, la vie paraissait donc à ce point monotone que les jeunes devaient marcher pour se rendre à l’école, et jouer dehors à leur retour à la maison. De nos jours, on se bat pour leur dénicher une place à bord d’un autobus scolaire, même si la résidence familiale se trouve à quelques rues de l’école. Et on les force à sortir de la maison uniquement pour les punir.

D’ailleurs, la console de jeu vidéo a su remplacer haut la main les activités physiques extérieures qui sont la cause d’enlèvements, d’agressions armées et d’accidents de la route. Dans certains cas, pour un même coût, ladite console a permis de ranger aux oubliettes les skis, les patins, le traîneau, le vélo, moins pratiques puisqu’il faut de temps à autre accompagner son enfant lorsqu’ils sont utilisés.

Au retour de l’école, la clé autour du cou, fiston a pour règle stricte de se barricader dans la maison et de s’adonner à son sport favori. De sa chambre à coucher, il contrôle l’univers tout entier, pulvérisant d’un simple clic tout opposant virtuel qui oserait se dresser devant lui.

Le lendemain, qu’il neige ou qu’il fasse froid, le chérubin ne doit pas quitter la salle de classe, même pour une courte période de récréation de quelques minutes. Et gare à quiconque oserait passer outre cette loi non écrite; on a la gâchette rapide! Les plaintes au bureau de la direction jaillissent de toutes parts. Qu’on se le dise, les tuques, les foulards et les mitaines n’existent plus.

La vie était tellement moche, disais-je, il y a 40 ans. Comme la télévision du salon n’était qu’en noir et blanc, on allait glisser, construire des igloos, les joues bien rouges et la goutte de rhume au bout du nez. Dans un banc de neige, on s’imaginait à bord d’un vaisseau spatial et on jouait aux patrouilleurs de l’espace. L’univers tout entier nous appartenait, et il nous semblait bien réel.

Texte publié le 2 février 2011



Vos commentaires

"J'adore ton ironie. Tu as visé juste et je reconnais ce après quoi je me bats à l'école et parfois... à la maison!"

— Jocelyn ROY (Terrebonne, Québec), 14 avril 2011



"Ta chronique " Ces petits enfants chéris" explique vraiment clairement la surprotection de nos petits choux. Qu'adviendra-t-il de ces enfants?"

— Sylvianne BOUCHARD (Laval, Québec), 12 février 2011

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