Convention relative aux droits de l’enfant
et éducation physique


Combien vaut un enfant de 5 ans,
M. Couillard?

Le gouvernement Couillard procède à une révision exhaustive des programmes sociaux offerts aux Québécoises et aux Québécois. Qu’il soit question de services de garde en milieu familial, d’études supérieures ou de soins de santé, tout est sur la table pour une administration plus efficiente des finances publiques. Plus que jamais, les programmes sociaux se monnayent et sont devenus une question de fric et de rentabilité. On pèse et soupèse des chiffres afin de faire fructifier les investissements.


Depuis plus de 15 ans, de nombreux intervenants œuvrant auprès des jeunes prêchent dans le désert, en répétant à qui mieux mieux que les tout-petits, du préscolaire en particulier, qui fréquentent pour la première fois une école publique, ne prennent pas tous le départ avec une chance égale de réussite.

Alors qu’il est devenu possible pour leurs « aînés » du primaire, depuis le milieu des années 2000, de bénéficier d’un minimum de deux heures d’éducation physique par semaine — bien qu’il existe toujours un nombre important d’écoles récalcitrantes — le ministère de l’Éducation n’a toujours pas émis la moindre directive à ce sujet au préscolaire. Pire, il n’endosse aucun programme et n’a pas la moindre idée des pratiques en vigueur auprès de cette clientèle dans ses écoles.

Le 20 novembre dernier, l’ONU soulignait le 25e anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant. Partout dans le monde, des enfants de tous âges, vivant parfois des situations périlleuses, n’ont toujours pas droit à une éducation digne de ce nom.

Chez nous, l’injustice est bien présente chez les plus jeunes en éducation physique. Nombreux en effet sont les enfants qui font leurs premiers pas dans le monde scolaire avec déjà un retard important dans leur développement moteur et social. Pendant 30 petites minutes par semaine, des enseignants tentent donc de leur apprendre à jouer prudemment, à différencier leur main droite de la gauche, à partager le ballon avec un autre enfant plutôt que de le lui arracher des mains, à franchir des obstacles dans le respect de leurs limites et des autres qui les entourent.

Bref, ils mettent tout en œuvre afin que les apprentissages de ces enfants aient sur eux un impact positif dès aujourd’hui, mais aussi et surtout demain, parce que c’est de l’avenir même de la société que nous souhaitons dont il est question.

Dans les années 2000, disions-nous, les 90 minutes de temps de classe ajoutées à l’horaire de tous les écoliers du primaire avaient permis de rétablir une certaine équité entre les jeunes des différentes régions puisqu’elles leur permettaient de bonifier leur formation de base en éducation physique en faisant abstraction de leur classe sociale et de leurs aptitudes.

Mais les tout-petits, eux, n’ont pas eu droit à ce petit pas dans la bonne direction. Depuis ce temps, en effet, ces enfants, pour qui tout est à apprendre, qui fréquentent les mêmes écoles et montent à bord des mêmes autobus oranges, passent très exactement 18 minutes par jour à ne rien faire, ou presque, pendant que les autres sont en cours. Parfois, on étire quelque peu la période du dîner avec eux. Parfois, on les garde bien sagement assis en classe en attendant le retour de leur enseignante. Parfois aussi, pour ceux qui ont de la veine, on les supervise dans une quelconque activité de dessin ou de bricolage.

Ce qui nous ramène au fric! Pour la différence de salaire entre des surveillants et des enseignants, dans un budget de plusieurs millions, on pourrait ajouter 90 minutes d’éducation physique au temps de classe hebdomadaire de tous ces enfants, qui en auraient grand besoin, sans rien enlever aux autres enseignants. Mais c’est trop simple, la gent politique ne réagit toujours pas.

Alors, mesdames et messieurs les élus, combien vaut un enfant de 5 ans à vos yeux? 10 dollars? 1 000 dollars? 100 000 dollars? Il grandira, entrera sur le marché du travail, ira voter, paiera ses impôts au fisc. La question est ridicule, on en convient, mais l’absence de réponse de ces 15 dernières années l’est tout autant.

Quand comprendra-t-on que chaque dollar dépensé pour l’éducation de nos jeunes ne doit pas être ajouté à la colonne des dépenses mais bien à celle des investissements? Et quand cessera-t-on de considérer les jeunes du préscolaire comme une sous-catégorie d’enfants?

Texte publié le 18 novembre 2014



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