Je surveille, j'observe: Une distinction à faire...

L'appréciation des acquis de l'élève résulte de l'observation et non d'une impression

C'est un fait, les activités présentées dans le cadre de nos cours sont stimulantes, les élèves s'amusent, ils ont hâte de revenir au gymnase dès qu'une période se termine! Il n'en demeure pas moins que la reconnaissance de notre profession passe d'abord par la qualité de l'enseignement que nous offrons et par la somme des apprentissages que font les jeunes durant leurs cours. Ce serait donc une erreur de nous montrer complaisants lorsque nous remarquons que nos élèves s'amusent sans que ne soit cachée derrière ce plaisir une intention éducative.


La distinction à faire est fort simple: on peut en effet surveiller convenablement les activités en cours sans pour autant s'investir dans une observation spécifique.

Lorsqu'on parle de surveillance, c'est en fait de nos aptitudes à encadrer les élèves sur le plan de la discipline, du respect des consignes et de la sécurité des lieux dont il est question. Un enseignant qui reste assis, bavarde avec des élèves et ne vérifie pas régulièrement l'état et la disposition du matériel qu'il privilégie ne peut prétendre surveiller adéquatement le cours des activités. Il risque aussi de voir rapidement le climat se détériorer, ou même un accident se produire.

À l'inverse, on pourrait évaluer une observation menée par un enseignant en éducation physique par sa capacité de porter un jugement précis sur les apprentissages réalisés par un élève ou un groupe d'élèves dans une période donnée. C'est donc ici de la dimension pédagogique de nos actes professionnels dont il est question.

Partant de cette prémisse, il nous est facile d'imaginer que tous n'arrivent pas nécessairement "à joindre harmonieusement les deux bouts". Certains intervenants, d'une catégorie plutôt orientée vers les activités, vont récolter une participation accrue de leurs élèves mais vont aussi davantage animer des périodes de récréation que des situations éducatives. À l'inverse, d'autres intervenants, très préoccupés par le contenu pédagogique de leurs rencontres avec les jeunes, en oublient parfois de créer des situations d'apprentissage stimulantes. La touche magique est parfois difficile à cerner...


Une observation efficace

Instinctivement, il est aisé de prétendre que notre profession nous mène systématiquement vers une observation continue de nos élèves. Nos moyens d'action sont habituellement guidés par des objectifs d'apprentissage précis. Cependant, si nous bâtissons en fonction de ces objectifs, et si les moyens privilégiés placent effectivement les élèves dans des situations propices à l'apprentissage, le contexte de réalisation de ces moyens, lui, peut à l'occasion faire défaut.

L'un des exemples sans doute les plus faciles à imaginer concerne les scénarios conçus autour du thème opposition. L'enseignant, après avoir parlé de changement de direction, de changement de vitesse et de feinte poursuit son cours en invitant les élèves à prendre part à un jeu de poursuite. Et là disparaît généralement la connotation pédagogique du cours.

"Nous allons jouer aux requins et aux pirates!" lance-t-il, fier de recevoir les acclamations des jeunes. Et avec raison: le jeu en soi est effectivement fort populaire et stimulant. Mais à partir du moment où le signal de départ est donné, l'enseignant perd le contrôle de ses 30 élèves d'un point de vue pédagogique.

Tout le monde se met à courir dans toutes les directions. Les poursuivants foncent têtes baissées vers leurs proies tandis que les poursuivis, dans ce moment d'effervescence, crient à tout rompre de peur d'être rejoints. On s'amuse au plus haut point, et il n'y a rien de mal à cela!


Mais quoi observer, et comment le faire?!

Dans ce contexte, il y a peu de chances que l'intervenant apprécie avec justesse les acquis de ses élèves, exception faite peut-être des jeunes extrêmement doués, et de ceux qui au contraire le sont peu. Et comme l'observation deviendra pratiquement inexistante, les feed-back lancés aux élèves seront vides de sens, de piètre qualité.

Pour pouvoir prétendre observer ses élèves dans un cadre pédagogique, l'éducateur physique n'aura d'autre choix que de réduire le nombre de participants actifs dans chacune de ses situations éducatives, ou prévoir plusieurs aires d'activités à surfaces réduites, pour maximiser le taux d'activation des élèves. Rien ne l'empêchera alors de prévoir des situations à grand déploiement, pour le groupe tout entier, pour conclure durant les dernières minutes d'activation sur une note agréable.


"Oui, mais les élèves sont aussi en apprentissage en grand groupe, non?!"

Oui, sans doute, sauf que vous ne disposerez pas d'éléments d'observation tangibles vous permettant d'évaluer les apprentissages de vos élèves en cours d'activité. En d'autres mots, rien ne vous indiquera que le moment est venu de passer à une étape subséquente, dans votre scénario, parce que votre observation ne sera que partielle.

Est-ce 50% des élèves qui ont atteint l'objectif spécifique du cours? Est-ce 60% de ceux-ci? En grand groupe, il vous sera difficile de l'estimer...

Habituellement, on recherche un taux de 80% de réussite pour un groupe d'élèves en apprentissage. Si huit élèves sur dix ont pu maîtriser les actions corporelles et attitudes présentées en début de période, ce sera le signal qu'il faudra passer à autre chose au cours suivant, élever d'un cran le degré de difficulté de vos éducatifs. Si au contraire vous obtenez un résultat en deça du pourcentage visé, ce sera pour vous l'indication qu'un retour sur le cours qui se termine est de mise, mais en envisageant de nouvelles stratégies pour ce faire.

L'apparition relativement récente des bulletins descriptifs au Québec, conjuguée à la mise au tiroir de bon nombre de bulletins sommatifs en éducation physique, a justement permis de donner une signification à l'observation menée en cours d'activité.

L'élève acquiert de nouvelles connaissances, les met en pratique sous le regard de l'enseignant, reçoit les feed-back nécessaires, puis raffermit ou corrige les bases de son action corporelle. Par ses observations, l'intervenant quant à lui est à même de constater le cheminement de l'élève, voire d'apprécier ses apprentissages avant même d'y aller d'une évaluation formelle. Il peut même utiliser ses observations, les consigner dans un cahier quelconque pour ensuite s'en servir pour décerner une note à l'élève, ce qui confère à cette observation un sens et une valeur inestimables.

S'il n'y a pas d'observation, si l'élève ne peut espérer recevoir de son enseignant des feed-back signifiants, les apprentissages deviennent alors plus laborieux... mais la récréation, elle, ne s'en porte que mieux!



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