En perte de contrôle

Des enseignants aussi peuvent se montrer violents

De la violence gratuite, absurde, celle qui fait peur.

Nos voisins du sud (États-Unis) connaissent assez régulièrement des scènes de violence extrême, au point de voir de jeunes enfants ou adolescents se présenter dans une cour d'école, armés jusqu'aux dents, et faire feu en direction de tout ce qui bouge. L'exemple récent de Springfield, en Oregon, n'est d'ailleurs qu'un épisode de plus à une liste impressionnante d'attentats meurtriers en milieu scolaire.

Quand on pense que nous partageons une même frontière avec ce pays de violence, et lorsqu'on constate à quel point nous sommes influencés par la culture anglo-saxonne, justement en raison de notre situation géographique, oui il y a de quoi avoir peur...


Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'aller bien loin pour constater de visu toute l'influence de ce qui se passe aux États-Unis sur notre vie de tous les jours. À voir déambuler dans nos parcs et cours d'école ces gangs de jeunes portant tuques de laine sur le "bout de la tête" et pantalons traînant par terre, on saisit à quel point nos jeunes cherchent à s'identifier à cette "puissance" américaine, celle du cinéma à grand budget par exemple.

Parmi eux, les plus durs, ceux qui tentent de semer la terreur, mais aussi souvent les plus faibles, ceux qui préfèrent se joindre à ces groupes d'indésirables pour justement échapper aux attaques de quelques fiers-à-bras.

Un mal de société, quoi.

Les jeunes réclament plus d'attention, veulent qu'on les comprenne, mais ne choisissent pas toujours le meilleur moyen pour ce faire, au point qu'on ne les comprend plus! Ce n'est plus seulement une question de respect d'autrui puisque ces jeunes n'arrivent même plus à se respecter eux-mêmes, à apprécier ce qui est beau ou ce qui pourrait le devenir.


Saute d'humeur

Remarquez que toute cette violence n'est souvent qu'une façon d'exprimer sa colère face à une situation où l'individu n'arrive plus à contrôler son environnement.

Dernièrement, un enseignant en éducation physique, que nous prénommerons Marcel, a reçu la visite à son gymnase d'un petit bonhomme de 10 ans pas plus haut que trois pommes. Celui-ci s'interrogeait sur les activités offertes aux élèves à l'occasion de la fin de l'année scolaire.

Fatigué de sa journée de travail, un peu (beaucoup!) écrasé par le stress de fin d'année, que nous connaissons tous, inévitablement, il a servi à son élève une colère inutile, grossière et incohérente.

"Tu me déranges seulement pour ça?! Crois-tu que j'ai le temps de répondre à des questions de la sorte?" de dire l'enseignant en hurlant à tout rompre. Les mots qui suivirent ne furent guère plus réfléchis...

Le garçon est resté figé, les yeux baignant dans l'eau, atterré.

L'adulte devant lui, celui qui est supposé enseigner le respect, la tolérance et le civisme, a fait devant ce jeune la plus merveilleuse démonstration de la bêtise humaine dans sa plus pure expression. Allez maintenant dire à cet élève que les rapports entre jeunes se doivent d'être sous une forme respectueuse quand un enseignant, diplômé, en arrive à tomber aussi bas dans sa gestion personnelle du stress.


Le prendre, ce temps...

"Crois-tu que j'ai le temps de répondre à des questions de la sorte?"

Il nous semble que oui, pourtant...

Intervenir dans un milieu d'éducation, c'est justement de donner un peu de soi pour rendre humaines et crédibles nos interventions. Pour se montrer plus franc devant cet élève en attente d'une réponse, c'est "crois-tu que j'ai le goût de te répondre?" qu'il aurait mieux fait de lancer. Au lieu de blâmer un jeune qui n'était manifestement qu'une pauvre victime à ce moment, il aurait au moins pu dire clairement que des vacances s'imposaient indiscutablement dans son cas.

En défoulant son agressivité sur cet élève, en le mitraillant d'injures devant ses camarades tout aussi étonnés, c'est en fait sur lui-même qu'il a tiré. Il aura fort à faire maintenant pour corriger sa bévue puisqu'on accorde plus difficilement son pardon pour une injure que pour une erreur.

Les enfants n'ont que 10 ans; Marcel, lui, doit bien approcher la trentaine...

Sa seule issue de secours se trouve dorénavant dans sa capacité d'avouer humblement sa faiblesse aux élèves, de témoigner d'un peu de chaleur humaine dans cet épisode hollywoodien. Il lui faudra monter en classe pendant l'une de ses périodes libres pour expliquer qu'il s'est trompé, qu'il a fait fausse route en prenant pour cible un élève passant par là. Ce sera sa façon à lui de leur avouer qu'il est aussi un humain, même si le sifflet qu'il porte à son coup lui confère un rôle particulier.

Alors là, seulement là, il aura entièrement vidé son chargeur, et la paix pourra reprendre petit à petit son cours normal.




Vos commentaires...

(Le 26 mai 1998) Hugo Castonguay, de Embrun, en Ontario (Canada), écrivait:

"Alors que j'écoute la "Sonate à la lune" de Beethoven, je dois t'avouer que ta chronique sur l'incident de l'enseignant avec son peit bandit de 10 ans m'a touché. Je suis aux prises avec justement une classe "adorable" d'élèves turbulents de 10 ans. Je les adore!

En tant qu'éducateur physique, on vit tous des journées où la mèche est courte comme cet enseignant a vécu. Cependant, il est impardonnable d'agir de la sorte et de marquer cet apprenant (oui, il en a appris cette journée ce petit garçon à parler avec son enseignant...).

Tout ça pour te dire qu'en tant qu'éducateur physique qui en est à sa deuxième année d'enseignement, je ne suis pas obligé de faire vivre de telles scènes à mes élèves pour ensuite apprendre que ce n'était pas la bonne façon d'agir. La lecture continuelle de La bande sportive ainsi que les divers échanges me permettent d'en apprendre avec les erreurs d'autrui. Comme on apprend par l'erreur, j'aime mieux apprendre à partir des erreurs qui ont déjà été commises pour ensuite les éviter.

En tout cas, merci mille fois Yves pour tout ce que tu accomplis pour la profession (ils l'avaient dit... Au deuxième millénaire, un sauveur viendrait! Ha! Ha!)."

Y.P.: Ton commentaire me fait grand plaisir... Merci! En passant, je n'ai pas la prétention de pouvoir marcher sur les eaux!!! ;-)

La bande sportive E.P.S. apprécierait connaître votre opinion sur ce sujet... Faites-nous part de vos commentaires. Il nous fera plaisir de les ajouter à cette page...



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