Congrès international à Neuchâtel "quelle éducation physique pour quelle école?"

La bonne question au bon moment

Le 8 juin 1998, Patrick Érard, de Suisse, nous faisait parvenir le texte qui suit concernant le Congrès international d'éducation physique de Neuchâtel:

Le site enchanteur de la faculté des lettres de l'université de Neuchâtel, a servi de cadre durant les congés de l'Ascension au congrès préparé avec soin, depuis deux ans déjà, par un comité d'organisation co-présidé par Jean-Claude Bussard et Frédéric Roth du GRT. Rien n'ayant été laissé au hasard, le hall d'entrée accueillait un mur d'escalade de la maison Alder et Eisenhut et du mobilier Stokke parfaitement en accord avec le thème. Un soleil radieux a accompagné les congressistes durant trois jours passionnants et riches en enseignements.

Les étudiants de l'École Normale de Neuchâtel qui ont agrémenté de leurs productions tout le congrès ont introduit Jean-Claude Bussard qui a souhaité la bienvenue aux plus de deux cents participants venant de vingt-sept pays. Le Dr. Kurt Murer, responsable du comité scientifique, a quant à lui rappelé les enjeux d'un tel congrès. Puis, Christian Berger, chef du service de l'enseignement secondaire du canton de Neuchâtel a apporté le salut des autorités politiques et scolaires du canton d'accueil.

Aperçu des conférences

Le Prof. Dr. Roland Renson de l'Université de Leuwen en Belgique a ouvert les feux par une présentation d'un modèle heuristique de l'histoire de l'EPS. Partant des jeux traditionnels au carrefour de quatre axes distincts : 1. les activités ludiques, 2. scientifiques, 3. artistiques et 4. idéologiques, il les a associés respectivement à quatre courants majeurs que sont : 1. le sport moderne, 2. la gymnastique suédoise, 3. La gymnastique allemande et 4. La danse. Sa présentation de l'éducation physique européenne dans une perspective transnationale, accompagnée de diapositives explicites a séduit l'auditoire.

Le Prof. Dr. Pierre Arnaud de Lyon a poursuivi cette première matinée en se concentrant sur l'histoire de l'EPS en France. Il a distingué la période où l'éducation physique soumettait l'apprenant, et celle où le concept d'autonomie prenait de la vigueur. Il a également clairement fait ressortir que l'EPS était indissociable de l'école, de son histoire présente et future.

Le chercheur Free-lance hollandais Bart Crum s'est lui plus attaché à décrire la situation actuelle chez les adolescents liée à l'orientation des valeurs post-modernes. Celles-ci, au nombre desquelles on peut citer : la mode de l'individualisme, la réalisation de soi, la redécouverte du corps ont entraîné ce qu'en anglais l'orateur a appelé la « sportification » de la société. De là, il s'engage dans un second embranchement avec d'un côté la « sportification » du sport par une radicalisation allant jusqu'au dopage, et de l'autre la « desportification » du sport. Celle-ci a engendré l'émergence d'activités physiques où le fun, le plaisir, être ensemble, communiquer, etc. constituent la base des sports d'aventures, de récréation, de fitness et de plaisir communément résumés en sports « S » : sun-sea-sand-snow-sex-satisfaction-etc. Face à cette nouvelle donne, à laquelle il faut ajouter une tendance au « zapping », Bart Crum conclut en disant que les pédagogues sportifs doivent introduire de nouvelles notions telles que l'émancipation, la solidarité et le respect de l'environnement.

Le Prof. Robert Decker du Luxembourg a excusé le président de la FIEP John Andrew qui pour des raisons de surcharge n'a pu se joindre au Congrès. De sa comparaison des pédagogies sportives selon les provenances culturelles, nous retiendrons en particulier que de très nombreux pays en voie de développement ne se posent pas nos questions, dans la mesure où chez eux l'EPS n'existe simplement pas.

Après les communications, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, les congressistes se sont retrouvés au soleil pour recevoir le salut de la première citoyenne du canton, la présidente du Grand Conseil, Mme Berger-Wildhaber.

Lors de la première soirée, les congressistes ont pu assister à la conférence du sociologue et conservateur du Musée d'ethnographie de Genève, Bernard Crettaz. Ce regard extérieur de celui qui a fait métier de réfléchir sur la société a certainement été un point fort du congrès.

La deuxième journée a commencé par l'intervention du régional de l'étape, le Prof. Dr. Pierre Marc de l'Université de Neuchâtel. Ce spécialiste des sciences de l'éducation nous a fait une analyse de la position du maître d'EPS au croisement d'un premier axe partant des spécificités de l'EPS à l'acte pédagogique au sens plus général, et d'un second axe allant de l'élève à la société. Sa proposition est de mettre en place une stratégie n'excluant aucune des quatre directions que le métier peut prendre. Il nous suggère également de réfléchir et de donner du sens à ce que nous faisons, et d'adopter une « métaposition » par rapport à la classe, l'institution et la société. Cette distance nous permettra d'observer que « la crise » de l'EPS est englobée dans une « crise » de l'école et de manière plus large encore dans celle de la société. Le Prof. Dr. Stefan Grössing nous a ensuite expliqué le concept didactique de « l'éducation culturelle au mouvement ». Le Dr. Bernard Xavier René de l'Université de Poitiers avec sa verve habituelle nous a enjoints de repenser notre métier où l'élève devra se trouver au centre de l'apprentissage pour en faire le citoyen autonome et responsable de demain. Un forum sur les manuels a ensuite conduit l'assemblée jusqu'à la soirée de gala qui se déroulait à Colombier. Suite à l'apéritif offert par les autorités locales, les animations du jongleur David Kohli et du pianiste Christophe Studer ont agrémenté une soirée où les échanges informels furent nombreux et chaleureux.

La dernière journée a débuté par la présentation des manuels espagnols du Prof. Dr. Manuel Vizuete Carrizoza de l'Université Extramadurra en Espagne. La qualité des ouvrages destinés aux élèves a été relevée par de nombreux participants, en particulier leur côté très interdisciplinaire. La très dynamique chercheuse américaine Kathryn Short, venue tout exprès de Californie pour nous présenter son travail, a commencé par stimuler l'assemblée par quelques exercices. Son approche typiquement américaine a plu par sa vivacité, mais le peu de temps à disposition n'a pas permis d'entrer véritablement dans le sujet de l'enseignement multi-modal au centre de ses recherches.

Bilan des ateliers

Les conférences ont pu s'appuyer sur une palette impressionnante de communications distribuées dans six ateliers qui se sont déroulés à la satisfaction de tous. Le choix était souvent difficile, étant donné que de nombreuses communications étaient simultanées.

De l'atelier 1 "éducation physique en mouvement", Walter Mengissen de l'Université de Berne et de l'EFS de Macolin a synthétisé l'ensemble en nous demandant de retenir que l'enseignement de l'EPS du futur devrait: être pluridimensionnel - donner du sens à l'acte - permettre l'accession à l'autonomie. Il a souligné qu'il existe un long chemin entre la réalité de notre enseignement sur le terrain et l'idéal auquel nous réfléchissons ces jours.

Rose-Marie Repond de l'Université de Lausanne a suivi l'atelier 2 "enseigner l'éducation physique". Les intervenants ont offert quelques pistes de réflexion sur la violence et le manque de discipline. Une étude vaudoise fouillée présentait un état de la condition physique des jeunes dans ce canton. Il ressort en résumé de cet atelier qu'il subsiste des différences culturelles notables entre les différents pays d'Europe. Entre une pratique très analytique en Roumanie et celle d'un enseignement très global comme en Norvège, les congressistes ont découvert les nuances qui font la richesse de notre branche.

Nicola Bignasca de l'ASEP animait l'atelier 3 "l'éducation physique en textes". L'apport des nouveaux médias, comme l'ordinateur et Internet a été présenté. Ces nouvelles tendances qui ne peuvent guère être négligées ont par contre des rôles spécifiques à jouer. Et si l'ordinateur peut se révéler efficace pour la planification et l'organisation, il ne remplacera jamais vraiment l'enseignant. Internet offre des possibilités de recherches intéressantes que de nombreux congressistes n'ont pas hésité à exploiter sur les deux ordinateurs mis à disposition.

Les ateliers 4 et 5, respectivement "science et éducation physique" et "des conceptions passées de l'éducation physique aux conceptions présentes" n'ont pas fait l'objet de bilan. On retiendra tout de même que la branche EPS se révèle comme un important vivier de chercheurs dont les résultats détermineront notre enseignement dans le futur.

Le Prof. Raymond Barbry de l'Université de Lille a situé l'atelier 6 "Interdisciplinarité, transdisciplinarité: l'éducation physique et les autres disciplines scolaires" au coeur de la problématique du congrès. Les communications ont permis de dégager que l'EPS devait viser des acquisitions qui traversent toutes les disciplines en se mettant en synergie avec elles, mais en respectant sa spécificité. L'EPS a des visées éducatives qui doivent conduire à se comprendre, comprendre l'autre et comprendre le monde.

Le Prof. Dr. Grössing qui avait la lourde tâche de faire le bilan des conférences a chaudement remercié les organisateurs d'un congrès sur le bon thème au bon moment. Il a rajouté que la culture du mouvement prenait de la substance aussi bien chez les théoriciens que chez les praticiens. Il a relevé en résumé que notre réflexion devait se prolonger sur les dangers de la globalisation, sur une meilleure intégration de l'écologie au sens large dans nos activités et que nous pédagogues, devions être des moteurs et des éléments positifs.

Frédéric Roth a chaleureusement remercié toutes celles et ceux sans qui rien n'aurait été possible et a conclu en disant: "l'essentiel c'est d'y croire; vous êtes venus, vous y avez cru".


Patrick Érard
Neuchâtel, Suisse




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