L’obésité, problème majeur de santé publique
L'éducation physique des jeunes est "aussi" à considérer

Texte rédigé des suites de la parution d'un dossier portant sur l'obésité dans le quotidien La Presse les 18, 19 et 20 septembre 2004

L’obésité a de nouveau fait la une à la télé et dans les journaux tout récemment, et cela risque de se répéter pour les années à venir. Tout en admettant que la génétique prédispose davantage certains individus à en souffrir, il faut reconnaître que les mauvaises habitudes alimentaires et la tendance à la sédentarité dans le quotidien de plusieurs familles québécoises ont eu un impact majeur chez bon nombre de citoyens pendant la dernière décennie.


On parle maintenant de développer une meilleure médication, de mener des campagnes de sensibilisation en matière de nutrition dans les familles et de relancer la pratique d’activités physiques auprès de la population en général. Dans ce cas, les jeunes demeurent sans contredit une cible à privilégier afin d’instaurer des habitudes de vie qui pourront ensuite se répéter dans le futur. C’est pourquoi il est impératif d’aborder le sujet du point de vue de la formation des jeunes et non uniquement par la multiplication des occasions de bouger.

Chez nos décideurs, on parle beaucoup d’activités physiques. Ceux-ci se donnent bonne conscience en saupoudrant ici et là quelques millions destinés à créer entre autres des ligues ou des activités sportives après les classes. Le stratagème n’a rien de nouveau en soi puisque les politiciens — et certains administrateurs scolaires — ont déjà usé à la corde cette formule au cours des dernières années.

L’idée de multiplier les activités physiques extrascolaires plait aux gouvernements puisqu’elle leur permet de ne dépasser le stade de la simple profession de foi dans leur argumentation. Ils peuvent prétendre répondre aux attentes de la population en permettant aux jeunes de bouger encore plus après l’école sans réellement prendre d’engagement ferme dans une vision à long terme.

C’est lorsqu’on parle de mieux « former » les élèves aux saines habitudes de vie que nos élus développent de l’urticaire. Inciter les jeunes, et par extension les familles québécoises, à adopter un mode de vie sain et actif implique l’instauration d’une nouvelle culture préventive en matière de santé. En éducation, cette façon de voir ébranle de vieilles croyances, fortement ancrées entre autres dans des habitudes de gestion du temps de classe, à un tel point qu’on n’en finit plus de chercher à dissimuler l’éducation physique, qui est intégrée à l’horaire de l’école, sous le grand chapeau de l’activité physique, qui se déroule quant à elle après les classes.

Qu’on le veuille ou non, ce changement de cap vers une culture de la santé doit indubitablement passer par un long processus au cours duquel chaque jeune, quels que soient ses aptitudes et son milieu socio-économique, découvre et expérimente de nouvelles pratiques qui viennent parfois en contradiction avec ses habitudes antérieures, et fait ses propres choix au risque de devoir revenir sur sa décision. Il doit être stimulé, guidé, parfois même confronté.

En d’autres mots, il faut lui permettre de goûter au plaisir d’être actif dans de multiples situations, au bien-être ressenti dans l’immédiat et aux effets qui en découleront sur sa santé actuelle et future, pour ensuite espérer le voir adhérer sur une base régulière à des activités physiques et sportives extrascolaires. On aura beau, jour et nuit, ouvrir les portes du stade olympique gratuitement au grand public, les jeunes ne replongeront pas instinctivement dans leurs pratiques oubliées tant que celles-ci n’auront pas retrouvé de signification particulière à leurs yeux.

Dans le contexte actuel, les sports traditionnels, pourtant si extraordinaires pour plusieurs adeptes, continueront d’attirer vers eux surtout les jeunes plus habiles et déjà portés à les pratiquer. Pour ce qui est des autres, ceux que l’on dit obèses par exemple, ou malhabiles, ou inhibés, ou tout simplement désintéressés, ils continueront de préférer la quiétude de la résidence familiale à l’odeur des gymnases.

On souhaite contrer les effets négatifs de la sédentarité auprès des jeunes — du moins en partie — et par le fait même lutter contre l’obésité? Alors parlons aussi d’une meilleure formation garantie, à l’intérieur du temps de classe, pour tous les jeunes du Québec, nos adultes de demain.

Alors parlons aussi du ministère de l’Éducation qui doit reconnaître sa responsabilité de valorisation d’un équilibre harmonieux entre les composantes intellectuelle, sociale, affective et physique de l’élève.

Alors parlons aussi d’un ministre qui doit prioritairement s’engager à augmenter le nombre d’heures d’éducation physique et à la santé dans toutes les écoles sans exception, puisque nous figurons toujours parmi les pires au monde à ce chapitre.

C’est une question de santé publique, de cohérence, et de simple courage politique.

Texte publié le 20 septembre 2004



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