L'asthme et l'éducation physique

Des commentaires intéressants de nos lecteurs

Les lecteurs de La bande sportive, abonnés à notre liste de diffusion, ont eu l'occasion de discuter entre autres du problème des élèves souffrant d'asthme en éducation physique, voire de la crainte entretenue par certains de leurs parents à l'idée de les voir prendre part à des activités trop intenses.

Nous avons pensé, avec la permission des auteurs, de vous faire part du contenu de certains textes fort éloquents...



Le 12 mai 1998, Pascal Prévost, de France, écrivait:

Je dirais que l'activité physique de faible intensité (endurance sous toutes ses formes) est FORTEMENT conseillée pour les asthmatiques pour une raison très simple, et que nous tous sommes en mesure d'expliquer à nos élèves ou étudiants car il nous suffit simplement de nous rappeller nos (lointains!) cours de physiologie cardio-respiratoire.

Dès le début de l'exercice, il se produit une augmentation instantannée à la fois des débits cardiaque et ventilatoire pour répondre aux nouveaux besoins occasionnés par l'exercice. Cette augmentation est proportionnelle à l'intensité de l'exercice réalisé. En même temps que cette augmentation, il se produit une vasodilation (augmentation du diamètre des vaisseaux) des alvéoles et des capillaires pulmonaires dans le but de faciliter le passage de l'oxygène des poumons au sang (diffusion).

C'est cette vasodilation qui fait généralement défaut aux asthmatiques et qui les obligent à prendre des vasodilatateurs du type bronchiodilatateurs, pour permettre la diffusion de l'oxygène. En effet, la respiration superficielle, haletante, ne permettant de renouveler que la partie supérieure des poumons, il rentre de moins en moins d'oxygène dans l'organisme. Il s'en suit des mécanismes réflexes au niveau respiratoire qui ne font qu'agraver les choses.

En conclusion, l'exercice physique a le même effet que les bronchiodilatateurs (ventoline par exemple), il coûte moins cher et il nuit moins à la santé! De plus, on en tire un bénéfice à long terme; en effet, il a été montré que les mécanismes de vasodilatation se mettent beaucoup plus rapidement en place chez un asthmatique sportif que chez un asthmatique sédentaire. Simplement, il faut essayer d'y aller progressivement pour que l'organisme s'habitue à la première phase un peu pénible de l'exercice (15 premières minutes) durant laquelle se mettent en place tous ces processus. Mais à la longue, le sujet aura de moins en moins de difficulté à faire un exercice...

Tout est dans la tête ! Et j'en sais quelque chose car j'ai mon aîné de 6 ans qui est asthmatique.

Pascal Prévost
Laboratoire de Physiologie de la Perception et de l'Action
Équipe Espace
Collège de France
Paris, France




Le 13 mai 1998, Ghyslain Bergeron, du Québec, écrivait:

Le sujet de l'asthme est très délicat; je n'ai pas de références scientifiques à fournir mais une cohabitation avec une épouse qui fait de l'asthme de façon MODÉRÉE et une enfant qui elle a été diagnostiquée SÉVÈRE (cette dernière a connue ses premiers traitements d'inhalothérapie dès l'âge de 6 mois, elle aura bientôt 18 ans et elle continue d'être suivie par un pneumologue).

La lecture des répondants sur l'asthme m'intéresse drôlement, elle m'a fournie aussi le titre de cette intervention: "physiologique et/ou psychologique".

Mes réflexions peuvent à l'occasion diverger de d'autres opinions, mais on est là pour discuter et partager nos vécus.

Je partage les bienfaits de l'exercice sur l'organisme et insiste sur un point soulevé par monsieur Prévost, que les exercices proposés aux jeunes soient des activités de faible intensité et j'ajouterais que celles-ci doivent être ajustées au degré d'asthme qui touche chaque individu (j'insiste ici sur l'intervention individuelle à accorder à chaque enfant). Attention, il y a plusieurs degrés dans l'asthme (léger, modéré, sévère) et plusieurs facteurs déclencheurs (allergique, climatique, à l'effort, affectif ou émotif, à la suite d'une grande joie ou d'une forte peine, etc.).

Maintenant, je garde d'énormes réserves sur le mythe "que l'asthme soit psychologique avant tout". Quel enfant reste calme, quand il se couche en pleine forme à 21h00 du soir et qu'il se réveille en pleine nuit (entre 2h00 et 3h00 du matin) avec la sensation d'étouffer.

Après avoir connu cette situation à plusieurs reprises, il est certain que le stress s'installe, par la suite, c'est l'angoisse qui entre en jeu. De l'extérieur, on est porté à croire que cette angoisse est la cause des symptômes physiologiques apparents, alors que très souvent dans les faits, le bronchospasme s'installe en réaction à des phénomènes extérieurs de types allergiques (ex.: poussière, moisissure, air chaud et sec ou air très froid sont monnaie courante dans les gymnases).

Personnellement, j'ai cru au mythe psychologique et j'avais tendance à insister pour que ma fille lutte pour contrer son état. Résultat après 3 ans de classe (9 ans), elle s'absentait de trois à quatre mois par année scolaire (hospitalisation).

Je ne cherche pas à dire si j'ai raison plus qu'un autre, mais je veux partager les ajustements que j'ai fait envers cette maladie et comment j'ai réussi à faire participer (sans prétention) de nombreux jeunes asthmatiques en d'éducation physique (exemples de commentaires: "Je n'en faisais plus depuis longtemps, mais là, j'aime ça l'édu!" "C'est top cette année, j'arrive à faire mes cours!").

Voici certains de mes ajustements:

Identifier le degré d'asthme: léger, modéré, sévère.
Vous informer de la médication (théophylline, ventolin, cortisone, acolate (nouveau), le jeune a-t-il un compresseur, etc.)
Quelles sont les allergies (poussière, froid, à l'effort). Ensuite, identifier dans votre gymnase les déclencheurs de bronchospasme et tenter d'éliminer le maximum de facteurs allergènes (être vigilant aux brusques changements climatiques, aux chutes de pressions atmosphériques, qui peuvent influencer certains asthmatiques).
Si le jeune prend des broncho-dilatateurs, en principe il doit inhaler sa médication 15 à 30 minutes avant l'exercice (si incertain, vérifier avec un médecin).
Plus vous êtes informé et plus vous prenez d'informations auprès du jeune, plus celui-ci se sentira en confiance s'il a un fort degré d'asthme. Du même coup, vous neutraliserez celui qui cherche à vous en passer une (pardonnez-moi l'expression) et vous pourrez l'inclure dans l'activité tout en respectant son niveau de tolérance à l'effort.
En tout temps, respecter l'asthmatique, en personnalisant sa charge de travail et en identifiant clairement avec lui quelles sont les activités qu'il peut faire et quel objectif il veut ou peut atteindre (cet objectif doit être atteignable par ce dernier).
Ne pas oublier que lorsqu'il est en crise (physiologique), l'asthmatique vie une certaine détresse psychologique, y ajouter de la pression ne peut qu'agraver son cas et vous risquez de perdre sa confiance.
Il faut voir l'asthme comme une limite physique mobile qui se construit progressivement, le goût de l'effort se développera par la suite, ce qui permettra enfin de dépasser les limites de départ.

Selon mes observations, il faut avant tout créer un climat de travail ou chaque partie sera gagnante (l'enseignant voit des changements dans les habitudes de son élève et celui-ci dépasse ses limites et apprend à doser ses efforts pour atteindre ses objectifs à lui, non ceux des autres). Dans mes 12 dernières années en éducation physique, j'ai appliqué systématiquement ces quelques principes et j'ai vu beaucoup d'enfants modifier considérablement leurs attitudes face à l'activité physique, en commençant par ma fille.

Elle aura bientôt 18 ans et elle a fait de la gymnastique (trois ans, arrêt cause= allergie poussière), ensuite deux ans de volley-ball (arrêt= poussière). Elle s'est lancée dans le ski de fond, non compétitif bien sûr, et aujourd'hui elle enseigne cette discipline à des 5-12 ans. Ce n'est pas tout, elle fait depuis trois ans de la nage-synchronisée de compétition et est aussi sauveteure en piscine. Elle y a travaillé l'été dernier (ce n'est pas toujours facile mais elle persévère).

En conclusion, ce qui est difficile à comprendre et à accepter pour ces jeunes, c'est qu'au cours de certaines journées, elles pètent le feu et que le lendemain elles sont à terre... En 24 heures, leurs conditions varient de façon incroyable, ce qui maintient une certaine angoisse et surtout un goût très amère quand ils sont incompris. Pour le commun des mortels, ce changement brusque dans la santé donne l'impression que l'asthmatique invente ses crises alors que trop souvent c'est réel.

Bien entendu, ce texte n'est qu'une opinion qui en vaut bien d'autres. Celle-ci permettra peut-être d'autres réflexions qui amèneront à une plus grande compréhension de l'asthme et peut être la fin de certains mythes.

Dernière réflexion: "Je ne sais plus le nombre de fois que mon enfant est revenue à la maison révoltée et amère parce que certains adultes mal informés avaient refusés de l'entendre". Le jeune asthmatique mérite d'être écouté et supporté, son seul adversaire devrait être sa maladie et non notre désir qu'il en fasse autant que les autres.

Sportivement vôtre,

Ghyslain Bergeron
Jonquière, Québec




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